Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

' 478 HIS'rOJRE SOCIALISTE Celle idée a séduil le Comité (de l'Assemblée); pour faire du bien aux pauvres, l'impossible lui a paru facile. « li a proposé d'appele,· tous les citoyens à la concurreuce pour l'acquisition de tous les biens nationauk, de donner aux acquéreurs, tant pour la forme que pour les époqÛes de paiement, les mêmes !acililés que l'Assemblée a données pour les acquisitions où les municipalités doivent servir d'intermédiaires, et de faire une telle subdivision dans les objets des ventes que le pauvre même qui voudrait acquérir une pelile propriété puisse y parvenir. • Je conçois qu'aucun citoyen ne doit êLre exclu de la concurrence, voilà pourquoi j'adopte la subdivision des objets de ven le en petites parties ... Je conçois encore comment la nation, si elle ne devait rien, pourrait el devrait donner aux pauvres toutes les facilités possibies pour acquérir; voilà pourquoi je leur donne toutes ces facilités pour la troisième vente, lorsque la nation ne devra que des rentes perpétuelles, dont elle sera la maitresse de ne pas rembourser le principal ou de ne le rembourser que lorsqu'elle le voudra. « .llfaisje ne conçois pas comment une nation qui doit deux milliards, aclllellement exigibles, et qui n'a d'autre moyen d"acquiller sa delle que la vente de ces bien,spourrait donner aux acqlléreurs quin:e ans de terme polir payer le prix de vente. • La nation ne peul donner de facilités aux pauvres pour l'acquisilion de ces biens qu'après avoir acquitté la delle exigible, après avoir éleint les rentes et les traitements viagers, ou du moins après en avoir assuré• le traitement annuel. • Alors seulement, comme il ne lui restera que des rentes perpétuelles à éteindre, comme personne n'aura le droit de la forcer à les éteindre pluLôt aujourd'hui que dans dix, quinze ou vingt ans, elle pourra donner aux pauvres citoyens toutes les facilités qu'elle jugera convenables pour acquérir des biens nationaux et pour en payer le prix. • Il sel'ait mieux, sans dollte, que les riches, que les capitalistes n'eussent aucune prépondérance poli·,.aucune des trois ventes. Si donc fon m'in• dique u,i moyen d'empêcher qlle l'inégalité des propriétés foncières ne soit la suite nécessaire de l'inégalité des richesses mobilières, je l'adopte sa11s hésiter. Mais jusqu"à ce qu·on me l'ait indiqué, je çlemanderai si l'apparence d'un mieux impossible doit nous faire repousser le bien qui est sous notre main. Je demanderai si ce n'est rien pour la prospérité publique el pour l'agriculture que de transformer des caisses et des portefeuilles ~n pi·opriétés foncières, de reverser dans la circulation des eapi taux enfouis depuis longtemps ... • Oui, Polverel a eu le mérite de poser la question avec une netteté saisissante. La dette, et la dette exigible, dominait tout. Le problème immédiat, vllal pour la Révolution était, non pas de donner la propriété à ceux qui n'en avaient point, mais de donner des terres aux créanciers de l'Etat qu'on ne

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