Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOIRE SOCIALISTE 463 C'est clone Ir domaine national qui serait ici rncore la ba-e du crt'dil. el pourquoi mas(Jncr le crédit rondamenlal cle lï~t,1Lsou, Ir crl'llil superpo-6 des municipalités? Que l'Etat cesse donc cc jeu étrange ,remprnnlrr son cr6r!il à cem-là m,'mes, banque ou municipalité,, dont il cr(,., le crérlit. " Lai,,ons à l'ancienne administration l'erreur des crédits inlerrnéd1aircs; montrons enfin à n:urope entière que nous aperce,·ons l'étendue rie nos re,,ourccs, rl hicnlô L nous prendrons avec assurance la va,te roule de notre libération, au lieu clr, nous traîner dans les sentiers 6lroils cl tortueux des emprunts morcelés cl des négociations onércmes. » Beau langage, hardi Cl sen•é. C'est mainl~nanl le crédit direct qur la Révolution trouve en ellr-mème, dans la valeur des biens qu'elle a sabis, dans la coufiance el clans l'a!Teclion (Jn'elle inspirr, crérlil de la nalion à la nation, de la Révolution à la Ré1olulion. La tran,formalion de l'assif(nal en papier-monnaie ayant uni,·er,ellemenl cours, voilà rappel à la nation. Et qu'on ne dise pas que décréter le cours forcé cle l'assis:nal, comme monnaie obligaloire, ce n'est pas faire acte àe confiance, mais au contraire de défiance. Qu'on ne di,e pas que c'est avouer que l'assignat, sans le secoms cle la contrainte légalr, ne serait pas reçu en payement. Car, d'une part, on at1rail beau décréter le cours forcé, sïl n'y avait pas une confiance générale en l'heureuse marche de la Révolution el rn la Yenle favorable des biens d'E;li,e, ces assignats, n'ayant qu'une valeur factice, se heurteraient à tant cle mauvais vouloir, à Lanl de résistances déclar6es ou sournoises, que leur force légale de circulation serait hienlôl épuisée. El d'autre part, pour ces hardi, mécani,mes nouveau~ la confiance f(énér,ilr ne suffit pas, il faut l'adhé,ion universelle. Le patriote clairvoyant et décidé qui croit à l'assignat parce qu'il croit à la Révolution, el qui croit à la Révolution parce qu'il e,L résolu à la servir, ne peul pas Mre expo,é, clans le hasard de transactions mnlliples, it subir pour l'as,ignal qu'il offre le refus d'un ennemi de la Révolution ou d'un calculateur leaac~ el sordide. li faut quïl soit assuré, à Loute henre el Loule occasion, dé placer aisément ra,signal qu'il a reçu en confiance, el le mournmenl de la monnaie exige un accord absolu, unanime des volontés, il e\igr, par cons6quai.l, quand il s'agit d'une monnaie nouvelle, organe d'un ordre nouveau encore combattu, lïnlervenlion souveraine de la loi. Ainsi le cours forcé n'est pas un acte de défiance envers soi-même, c'est une précaution nécessaire contre l'ennemi, cl~!. de Boisg-elin, le subtil archevêque d'Aix, commettait un sophisme trop aisé à percer quand il disait au rapµorleur : « Pourquoi donc décrétez-vous le cours forcé? Si votre nouvelle monnaie est solille, elle aura cours naturcllrm1°nl par la confiance spontanée des citoyens; si votre nou,elle monnaie aune ha,c de valeur incertaine, ,ous n'êtes pas sûrs de pou voir un jour la convertir par la réafüalion du gage, el c'est une banqueroute de détail, une b~nqueroule innombrable mullipliée

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