Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

420 lllSTOlllE SOCIALISTE révolutionnaires se confonùirenl un moment avec les autres Elats pour organisrr la répression. Quanl aux ouvriers, une déception sourde les préparait à accueillir le sophisme conlre-révolulionnairc : " Quo vous rapporte la Révolution"? " Ain,i se préparent obscurément el par des meurlrisures d·abord invisibles les grandes crises morales et sociales. Dans ce M,sarroi commençant une partie de la bourgeoisie révolutionnaire sïsole du mouvcnient cl perd le sens des nécessités du combal. Quand la Révolution en aoùl iî00 ful obligée de procéder à une large émi,,ion d'assignats, quand elle s'engagea à fond dans le système qui pou,ait srul sat11er la Révolution, presque Ioule la bourgeoisie lyonnaise prole,l 1. Une " adresse de la ville de Lyon• signh du maire, de plusieurs officier5 municipaux el des syndics el directeurs de la chambre de commerce ful soumise à l'.\s,embléc. Elle accompagnait • !'Opinion de la chambre cle commerce sur la motion faite le 27 août par Riquctli l'ainé (ci-devant }lirabcau). La chambre do commerce objecte que les nouveaux assignats ne représenlrront pas un numéraire efîeclif, mais « une masse d'immeubles, de terres éloignt;e::, dispersées, qu'une aliénation forcée va déprécier, qui ne se réalisera qu'avec lenteur. • Elle arfirme que la masse des a»ignats ne peul que proYoqucr une hausse générale des prix, la chute des manuraclures, l'émigration des com111crçanls, la disparition du numéraire elTcclif cl son remplacement par • un numéraire flclif qui, répandu dans toules les classes de la société, portera partout le désespoir el la misère.• Il est nécessaire, selon le mémoire, de payer en argent les ouvriers des fabriques de Lyon, Saint-Elienne, Sainl-Chamond. " L'impos,ibilité d'y pourvoir, si elle était éprouvée simullanément pJr cinq ou six chefs de manufactures un peu occupées exposerait à une insurrection dangereuse. » D'ailleurs les hommes des campagnes refusent de vendre leurs denrées contre des assignats : commenl la fabrique lyonnaise pourra-l-elle s'approvisionner des matières premières, nolammenl des soies du Piémont? Ainsi raisonnaienl un grand nombre de négociants lyonnais, la plupart des agents de change, les hommes les plus connus de la grande fabrique, les Finguerlin el Schérer, Fulchiron frères, Courajod, Jordan, Couderc père el fils el Pas,avanl, Bergasse frères, Paul Sain cl fils, Sainl-Coslard. L·cxpérience a démontré qu'ils se trompaient : leur manque de foi en la Révolution le, aveuglait. En fait, les bien; nationaux furenl prodigieusement recherchés el il n'y cul pas dégradation des valeurs; le gage de5 assignats fut ainsi tout à rail solide. El pour les manufactures de Lyon il se trouva que le régime des as,ignats, quand ils commencèren l à baisser, constitua une prime d'exportation. Oui, manque de foi en la Révolution, el aussi en ce peuple des manufactures qui, si on lui avait témoigné confiance, n'aurait pas suscité de difflcullés à la Révolution. Livrée à la direction alfaiblissante de ces timides, la ville de Lyon se serait écartée, dès 1790, de la voie révolu-

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