Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOillE SOCIALISTE 399 C'était la levée en masse des électeurs préparant et annonçant la levée en masse des soldats. C'est ainsi que sans qu'aucune évolution économique eût mo,Iifié les rapports de~ classes et par la seule vertu du mouvement politique et natio11al, la Révolution passa du sulîrage restreint de la Constituante au sulîrage universel de la Convention. La Législative, après le tO aoO.t, n'eut pas du tout le sentiment qu'elle désertait le terrain de classe de la bourgeoisie révolulionnaire: elle ne faisait qu'incorporer plus étroitement les prolétaires à la Révolution bourgeoise. D'ailleurs, les citoyens passifs, de 1789 à i792, ne se jugeaient point sacrifiés: ils n'avaient point d'animosité et de jalousie à l'égard des citoyens actif, ùu Tiers Étal : ils considéraient au contraire les plus • patriotes » de ceux-ci comme leurs représentants naturels. Je ne puis reproduire, parce qu'elle est en couleur, une curieuse ~stampe du musée Carn,valel. Elle représente un noble richement vêtu entre un citoyen passif et un citoyen actH. Le citoyen actif est un paysan qui lient sa pelle, et il dit au noble: Penses-tu do11cparce que je suis pauvre, que je n'ai point les mêmes droits que toi? - Et le citoye11 passif intervenant p,ur appuyer le citoyen actif dit avec colère: Toul cela ne finira-l-il point bientôt? Ainsi, dans la pensée de la Révolution,. le citoyen actif el le citoyen passif, s'ils étaient tous deux du Tiers Étal, formaient un mème parti. Il y avait assez de pauvres dans les quatre millions d'électeurs pour que la paUI reté ne se sentit point brutalement exclue. "lar là on s'explique que la question du su!Trage universel n'ait pas été sérieusement posée devant la llévolution jusqu'à la grande crise de la guerre. Voilà l'esprit dans lequel les Constituants entenrlirenl l'organ,sation de la volonté nationale. Quel fut le mécanisme adopté par eux? Ils dil'i,;èrent la France en départements, le département en districts, le district en communes. Il leur· parut dangereux de prendre comme base d'organi,ation les anciennes provinces. D'abord, comme il aurait fallu les doter d'un organe administratif, il était à craindre que les Assemblées provinciales n'eussent un pouvoir excessif et ne paninssenl à contrarier la volonté génuale. L'essai de résistance de Mounier en Dauphiné, la rébellion du Parlement de Drelagne, tout indiquait à l' Assembl,\e la nécessité de bri,er les cadres d·ancien régime. D'ailleurs, l'ancieq régime méme avait multiplié les sy,tèmes cle di1ision. Il comprenait, en i789, 33 provinces, 33 généralités (ou circonscriptions admini;;tralives royale,), 175 grands bailliages (ou ancienne, di\'ision, féodal<'s de Juslice et d'administration), 13 Parlements, 38 gouvernement, militaires, 1 't~ diocèses. Ce désordre el ce, chevauchements di;;peusaienl la Constiluante ù'adop-

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