308 IIIS'l'OIIIE ~OCIALISTE tarer:;, des sabotiers, des ouvriers de villaqe qui dvnneront Je signal du grand soulèvement vendéen. La bourgeoisie a\';iit donc raison de redouter que le proll'larial le plus pauvre, ou qu'une partie tout au moins de ce prolNariat, fùt p1r dépendance el inconscience un instrument de contre-révolution. El ce n'est pas seulement comme classe propriélaire,c·esl aussi comme classe r6,olutionnaire qu'elle se défiait de cette roule obscure. Sans doute, ces den, craintes se mêlaient en son esprit: elle redoutait que le prolétariat anarchique ébranlàt la propriété; elle redoutait que le prolétariat servile compromit la fiérnlulion. El cc serait s·e,poser à une grave erreur que de donner à la pcn,fo bourgeoise, à l'égard des prolétaires, une 1>récision de calcul qu·en i,S!l elle n'avait point. Enfin. la llé,•olution ayant Hé préparée par la philosophie du xvm• siècle, \ • par le proqr~, des lumières», les ré,olutionnaires n'a"aient point la pensée d'associer directement à leur œm re celle partie du peuple qui était en pleine ignorance. Yoilà sans doute les raisons maitresses qui décidi,rent la Constituante à distinguer des citoyens actifs et des citoyens passil',. El si l'on songe que quelque, moi;; auparavant, quand les f:Lat,-Gént'rau, n'étaient pas convoqués encore, la nation était sans droit el sans ,oix, si l'on songe que même dans les élections au, Étals-Généraux les trois cent mille privilégiés du clergé el de L1 noble-se a\'aient eu autant de repré;entants que toute la nation et que celle-ci avait été ainsi rrappée partiellement de passivité, la Constituante, au moment où elle abolissait la distinction des or,lres cl confondait les nobles el les prNrcs rlans la ma,sc des électeurs el appelait au vole quatre millions d'homme,, pouvait se figurer qu'elle y appelait en elîel Loule la nation. Aussi bien, le peuple ne tenait pas assez, à ce moment, au droit de vote, pour imposer à la bourgeoisie révolutionnaire le su!Trage universel. :'\ous \'errons bientôt combien peu, parmi les électeurs actirs, prirent part aux divers scrutins dans l'année iï90. Bien mieux, m,'me après le 10 août, même quand le su!Trage universel fut institué pour les élections à la Convention, un cinquième à peine des électeurs prit part au vote. Il n'y arnit donc pas, dès 1789 el iîOO, un courant populaire qui pOt emporter les hésitations des révolutionnaires bourgeois. Si, après le 10 août, 1e su!Trage universel s'imposa, ce n'est point parce que le peuple réclamait plus énergiquement le droit de su!Trage : c'est parce que sa participation révolutionnaire au, journées du 20 juin et du JO août [aisail de lui une force décisi\'e el qu'il était tout naturel de lran,former cette force réelle en force légale. D'ailleurs, pour la guerre nationale qu'elle entreprenait, la Révolution avait besoin de soulever, de passionner tous les éléments du pays, el elle les associait directement à la souveraineté pour les associer directement à la bataille.
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