300 HISTOIRE SOCIALISTE lion. Il semble bien pourtant, par une curieuse phrase cle Lostalot, qui n'a jamais, je crois, été relevée, que celui-ci éprouvait quelque scrupule. )lais à quelle combinaison étrange et, si je puis dire, incon~ciemment hypocrite, il aboutit! Dans le méme numéro, quelques pages après le morceau connu sur le marc ct·argent, il examine comment peuvent être rormées dans les communes les as~cmblérs électorales. JI demande très démocraliquement que ces assemblées nomment directement les représentants sans constituer une assemblée intermédiaire d.électeurs. Mais , oici la ùil'ficulté : les pauvres doivenl-ils être admis à ces as•emblées générale, de la commune ·1 Voici la réponse: • Nul citoyen ne doit ètre privé de la faculté de voler par le droit, et il importe que par le (ail, tous les prolétaires, 1011s les citoye11s mscepliblcs d'ètre facilement corrompus, en soient prieés. c·e,t du moins cc qui a, ail lieu à nome dans le comices par centuries, et c'esl aussi ce que 1'011 peul facileme111obtenir par ttn choix habile des lieux où les ciloye11s doil'enl se rc11drepour tenir les assemblées qui doivent dépulfr directement. » Ainsi Lostalot désire, pour ménager les principes, que tous les citoyens, même les plus pauvres, soient théoriquement électeurs: mais ou s'arrangera en choisissant des lieux de réunion où ils ne pourront se rendre, pour que pratiquement ils ne l'Otenl pas. Rien ne proul'e mieux que cette sorte de rouerie candide el publiquemenl étalée le désarroi d'esprit de la bourgeoisie révolutionnaire démocrate. Elle était prise entre la rigueur abstraite des principes et une appréhension vague qu'elle ne pouvait mallriser. Hien ne prouve mieux aussi l'étal subalterne où était encore le prolétariat. Le journal de Loslalot était très répandu. En certaines journées émouvantes, il se vendait jusqu·à deux cent mille exemplaires: el Lostalol ne craint pas de mettre sous les yeux des prolétaires le moyen de ruse quïl propose pour les éliminer en fait, loul en les accueillant en droit. Ou bien les prolétaires ne lisaient point, ne sïntéressaient ni aux é1énemenls, ni aux idées, el ils étaient en elfet des citoyens passifs, ou bien on les Jugeait incapables, sïls lisaient, de se révoller contre de telles combinaisons : on pensait trouver en eux une sorte d·humililé sociale et une défiance de soi toute prêle à la résignation. Quel est, en celle question du ùroil de suffrage, le sentiment exact qui animait la bourgeoisie révolutionnaire? li serait, je crois, excessif et prématuré de lui prêter contre les prolétaires un sentiment de classe très net. Pas plus que le prolétariat n'avait encore une rorce de classe bien définie, la bourgeoisie n'avait une défiance de classe bien éveillée. Elle ne redoutait point assez les prolétaires, dépoun us à la fois dïdéal propre et d'organisation, pour les exclure systématiquement du droit de sulfrage. Aussi bien, la condition des trois journées de trava.il oul'rail à un grand nombre d'arlisans
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