304 l!ISTOiflE SOCIALISTE décrets déJà porlés • rn,· l'tili;,ibililé. Il n·y eul donc pas surpri•e, et c'est bien clèlibérémenl que, mal;;ré quelque tapage, la gauche de l'Assem:,li:J consenlil à la restriction du droit de vole el de J'éligibililé. Peul-être n'étaitelle point l'àchée (autant qu'il esl possible d'entrer dans le secret des con • ei •nec;) ct·auribuer à une habile rnanœuvre ou à une influence excessive du côlé droit une combinaison qui dérogeait à la riguem· des principes et aux droit, de l"hom,ne, solennellement proclamés, mais qui répondait à certains inslincls de prudence honrgeoise. Aussi bien l'indignation tapageuse de Camille Desmoulins est-elle à la fois bien étroite el bien tardive. C'est quand l'esprit censitaire el oligarchique se marqua pour la première fois, c'est quand le droit de vote l'ut refu,é à des millions de 1,rolélaircs que le pamphlétaire aurait dû s'émouvoir. Après tout il était bien plus grave d'éloigner du scrutin des millions de pauvres, que de déterminer les conditions d'éligibilité. Qu'imporlail aux paunes, ne volant pas, qu'on ne pûl élire des pau Ires? Au contraire s'ils avaient voté, ils auraient bien trouvé le moyen d'exprimer leur pensée el de soutenir leurs intén)l,, mème par un reprèsenlanl payant un marc d'argent. Le cens d'èli;,ibililé n'alleignait qu'une partie de la bourgeoisie révolutionnaire, il gênail à peine quelques milliers d'indiYidus, « arlistés, écrivains», intellectuels sans fortune. Le cens d'électorat rrjel.iil hors de la cilé des millions de producteurs : el la colère de Camille Dew1oulins est, en un sens, au;si bourgeoise el aussi oligarchique que le vote ùe l'Assemblée. Mais qu·eot-il pu répondre si, empruntant sa rhétorique violente, les millions de pauvres exclus du vole, avaient dit à ceux qui les e,cluaienl : «Vous nous avez tués civilement: nous vous luons physiquement»? Oui, qu·aurail-il pu dire? El il étail de ceux que le peuple, à ce compte, aurait eu le droit de frapper. Car, lui- aussi, dès le début de la Révolution, il avait demandé leur exclusion politique. JI a écrit, au momenl où les Etals-généraux se heurtaient à la question du vole par lêle ou du vote par ordre, une brochure dialoguée où la Noblesse demande aux communes : • ~lais si vous admettez purement et simplement la loi de la majorité, la loi du nornure, quelle garantie aurez-vous que la majorité. déléguée peul-être par des hommes sans propriété, ne supprime point le propriété? • Et les communes répondent : d'abord que la propriété csl de droit naturel el éminent, supérieur à toute décision des majorités : el ensuite, qu'il ne s'agit nullement d'admettre ceux qui ne possèdent point à former la majorité. 'l'out au plus, le répubiicain à la Servius Tullh .. , qu'était alors Camille De-moulins, admrllail-il que les pauvres fussent admis à voler dans la dernière centurie, dans celle où les prolétaires accumulés n'avaient, sous la loi romaine, qu'un droil de suffrage dérisoire, absolumenldisproportionnéà lew- nombre.
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