338 lllSTO!IlE SOCIALISTE de la di,corde, et en supposant le succès d"une semblable tentative contre mon peuple et moi, le ré,ultat nous priverait, sans rem1ilacement, des divers biens dont un nou,·cl orclre de choses nous olTrc la perpccLive. • A ces parole , la gauche éclatait en applaudissements; le parti des aristocrates gardait le silence, el les modérés eux-mêmes semblaient gênés, se demandant s'ils ne résistaient pas, pour le compte du Roi, au delà de ce que désirait le Roi lui-môme. liais comme celle impres,ion précise et forte se perdait vite dans un long et filandreux discours où abondaient les sous-entendus! Le Roi insistait si longtemps sur la nécessité de maintenir les distinctions honoriOques de la noblesse, qu'il paraissait un instant que là était le véritable objet de ,a démarche. Surtout, il demande à l'As,emblée de fortifier« le pouvoir eiécutif »: • Je ne dois point le mettre en doute; en achevant votre ouvrage, vous vous occuperez sùremcnL avec sagesse rt avec candeur de l'alTcrmissement du poul'oir exécutif, celle condition ,ans laqurllc il ne saurait exister aucun ordre dura!Jle au dedans ni aucune consiùéralion au dehors. » C'est ê\rcker qui avait conseillé au Roi celle démarche cl qui a,ait rédigé le discour;. Camille Desmoulins, qui avait été averli tout de suite par le tour de sentimentalil,' 1hraseu,e <ln v1oi11eroyal, écrirnil <lans le n• 12 d<s Révolutiuns de France el dr Brabant : « 011 a ,ouri il l'endroit du di-cours où le prince dit à !'A.semblée: • Yous ,·ous occu1 crez a,·ec candeur de l'alTermisserncnl du pouroir exécutif. » On voil bien que le ministre dont il est si aisé <:e reconnallre le faire dan, ce discours, qui y a mis si habilement sa ju-tification dans la bouche du Roi, a su faire de celle harangue un miroir qui réfléchit sa fastidieuse figure. » Oui, jusqu'en cette démarche qui pouvait êlre décisire, le Roi n'avait pas su mettre l'accent d'une pen,ée personnelle el d'une volonté forte. C'est Necker qui, lrop , isiblement, le faisait mouvoir el parler. C'est :'iecker qui, blessé dans sa vanité du rôle prépondérant de. l'Assemblée, la rappelait, sous préle~te de pouvoir exécutif, au respect de sa propre influence, à la vénération pour ses plans de finance impuissants, médiocres et manqués. Cet éternel refrain de pouvoir exéculif est bien irritant. Au fond, Ja Révolution avait l'instinct et le génie du pouvoir exécutif. Pour transformer l'ordre polilique el social, elle avait besoin d'une aelion concentrée el vigoureuse; ses communes, à peine constituées, se fédérèrent pour agir d'ensemble et puissamment. La bourgeoisie révoluli'onnaire avait doublement besoin d'un pouvoir fort, pour Driser d'abord les institutions du passé el ensuite pour contenir la force populaire en mouvement dans les limites de l'ordre bourgeois. A une royauté qui aurai L n,arché fraachemenL avec elle, la Révolution aurait
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