Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

352 11 ISTOIRE SOCIALIST~ ou de Louis X \ï. Dien mieu,, il agissail sou,·enl contre leur volonté. li prétendait que la reine élail frivole, que Louis X\ï 6lail faible el d"ailleurs prisonnier déjà de la Révolution, el que son devoir à lui élail de sauver le pvu1oir royal sans eu, el malgré eux. La correspondance secrète du comte Mercy-.\rgenleau, publiée en 1891, nous permet de fher la date du premier appel de la Contre-Révolution à l'étranger. C'est le 12 octobre 1789, de :lloncalieri, que le comte d'Artois écrit à J"empereur d"Autriche Joseph Il, frère de Marie-Antoinette : « On veul, dii-il, délruire à jamais la plus belle monarchie du monde enlier, on veut la faire tomber dans la plus lto11te11,,cdes dh11orraties, et, 1our y pan•enir, on épuise Lous les crimes de la' terre, jusc1u"i, nous précipiter dan s l'anarchie la plu, complète ... \"otre :llaje,lé est. monarque, Elle sail appréc ier les justes droits attachés à ce litre; Votre :llaje,té connait tous les devoirs d'un allié fidèle ... Je la supplie de me I ermeltre une seule réflexion, c'est que la cause d11roi de Fra11ccest celle de tous les so1n·erai11s,et quïls doiv ent tous rcduuter un pareil sort, s'il, ne di'lfr>"cntpa, celui auquel 011 ne peut reprocher q11'1111excès de bonté et de douceur ... « Depuis l'a!Trcusc journée du 6 octoùre, depuis lïnslanl où les rebelles ont mis le demi er comble à leur alrocité, mou silence deviendrait un cri ne el mon aùslenlion une lâcheté ... Je doi, ajouter à Votre Majesté <1ue les princes du sang de France qui onl pa1tagé mon sort parlagent tous mes sentiments, el que nous verserions avec transport la dernière go utte de notre sang pour bien servir notre Roi el notre patrie ... • Ain,i, c·e:;l du mol de patrie que se couvre l'appel à l'étranger. Laissons toute déclamJlion; j'entends bien que pour le CQ~te d'Artois , la France se confondait al'ec la monarchie, el qu'en servant la monarchie, il pouvait croire quïl servait la Fra11ce. Pourtant, lï1isloire même de sa maison enseignail au comte d"Artois que la monarchie, au cours des siècles, a l'ail p lus d"une fois chJngé de rorme el de carnclèrc, el qu·aux heures de cri,e, elle s'était renouvelée par un appel au senlimenl national. li y avail tout au moins une lég~reté scandaleuse à renoncer ainsi dès le premier jour à toul espoir d'entente enlre la Révolution el la monarchie tran,rormée, ou plut0l il y avait un coupable égoïsme à écarter toute lransformalion du pouvoir royal. Appeler les soldats de l'Europe pour empêcher la nation fr ançaise de mettre sur la monarchie traditionnelle la marque des temps nouveaux, c"était, même avec les éléments de conscience dont disposait a lors un prince du sang, un véritable crime, crime de fril'Olilé ôgolste el de fa tuité. Joseph Il ful très irrité de cel appel. Il avail en Orient de gra nds intérêt,, el il ne l'Oulail pas se laisser entrainer témérairement• à une guerre contre la France. li avait d'ailleurs lui-même combattu en Autriche la puis• san,e des nobles el des prillres, il savait que même l'alJsolulis me n'a point

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