Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

344 IllSTOlllE SOCIALISTE du corps. Le sot ne voyai.t point qu'il allait jeter Marie-Antoinette dans la tourmente. Mirabeau se lève et avertit la droite de l'Assemblée en quelques· paroles terribles : • Je commence par déclarer que je regarde comme souvenainemenl impolitique la dénonciation qui vient d'être provoquée; cependant si l'on persiste à la demander, je suis prél, moi, à fournir Lous les détails el à les signer : mais auparavant je demande que celle Assemblée déclare que la personne du Roi est seule inviolable, el que tous les autres individus de l'Etat, quels qu'ils soient, son/ égalememenl sujets el responsables devant la loi. • Epouvanté, le marquis comprit el retira sa motion. Ainsi procédait llirabeau, couvrant sa laclique de prudence par des audaces ré,,olutionnaires qui 0faisaient trembler, el protégeant la famille royale des éclats même de la foudre qui paraissaient la menacer. L'Assemblée adopte enfin un arrêté très simple et très ferme : • L'Assemblée a décrété que M. le Président, à la tête d'une députation, se rendra aujourd'hui par devers le Roi, à l'elfel de supplier sa Majesté de vouloir bien donner une acceptation pure et simple de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, el des dix-neuf arlicles de la Conslilulion qui lui ont été présentés. • Malgré la coalition naissante de la réaction el du modérantisme, l' Assemblée retrouvait toute sa vigueur pour défendre le cœur même de son œuvre : el la Déclaration ries droits lui communiquait une inaltérable vertu. Mais le Roi cèderait-il? Voudrait-il consacrer toute la philosophie révolutionnaire et humaine du XVIII• siècle inscrite dans la Déc}3\'ation des droits? La brusque entrée du peuple va décider la question. \'.___. A peine le bureau de l'Assemblée venait-il de désigner les douze députés chargés d'aller vers le Roi. que les femmes, venues de Paris, frappent à la porte. Il était environ quatre heures de l'après-midi. Elles. étaient arrivées en bon ordrr, malgré la pluie qui détrempait les chemins. Maillard, marchant à leur lêle, les al'ail disciplinées. Le Président avertit l'Assemblée que les lemmes demandaienl à èlre admises à la barre. Elles commençaient à violenter les sentinelles. Elles sont admises et Maillard parle en leur nom. Je donne d'après les Archives parlementaires la physionomie de cette étrange scène, indécise el puissante : « Nous sommes venus à Versailles pour demander du pain, et en même temps pour faire punir les gardes du corps qui ont insulté la cocardt patriotique. Les aristocrates veulent nous taire mourir de faim. Aujourd'hui même on a envoyé à un meunier un billet de 200 livres, en l'invitant à ne pas moudre el en lui promellanl de lui envoyer la même somme chaque semaine. • L'Assemblée poussa un cri d'indignation et de toutes les parties de la salle on dit à Maillard : nomme:.

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