332 llISTOJRE SOCIALISTE la fin de septembre le hallage devail être assez avancé. Le peuple criait beaucoup à !"accaparement : il nous est très difficile d'avoir là-dessus des uotions exactes et certaines. La compagnie des frères Leleu, par exemple, était accusée par les uns d'envoyer du blé de France à l'étranger pour le réimporter el bfoéflcier de la prime que recevaient les importateurs. Lostalol au contraire prenait la défense des frères Leleu, el Necker, qui avait un intérêt c,·idenl à assurer l'approvisionnement de Paris, les protégeait. JI ne semble pas en tout cas que les spéculations sur les grains aient été à cette date la cause principale de la rareté et de la cherté. Mais dans !"universelle commotion des premiers jours révolutionnaires, chaque commune se sub,tiluait au pouvoir central : la peur de manquer de blé déterminait les habitants des villages à empêcher toute expédition; les convois de grains dirigés sur la capitale étaient souvent arrêtés par les villes placées sur le trajet : el comme le moindre retard a!Tolail Paris, la capitale vivait dans une fièvre continue, une sorte de lièvre de la faim, quoiqu'en somme le pain ne ruanquàl pas. Dès les mois d"aotll et septembre, ce sont les femmes de la Halle, organisées en corporation, qui sont comme les interprètes, les porte-parole de toutes les femmes des pauvres ménages rie Paris. A plusieurs reprises elles envoient des déléguées à lïlôtel de ,•ille pour se plaindre des trop longues stations à la porte des boulangers el pour demander que le prix du pain soit abaissé à deux sous la livre aussilôl que la nouvelle récolte sera disponible. Par elles toute la sou!Trance ou, rière de Paris, disséminée en ùïnnombrables ménages, prend un corps et une voix. El de méme qu·au moment où se discutait le veto, les révolutionnaires .du Palais-Royal avaient l'idée de marcher sur Versailles pour imposer leur volonté à l'Assemblée, de même les femmes de Paris ont ridée que si le Roi élail arraché aux intrigues de la Cour el amené à Paris, l'abondance entrerail avec lui dans la capitale. Le mouvement de Paris sur Versailles, préparé el ébauché à la fin d"aoùt, reste ainsi la tentation permanente des esprits. Sous l'agitation révolutionnaire bourgeoise frémit la grande sou!Trance du peuple : et c'est sur la même pente que toutes ces forces inquiètes vont se précipiter. Au-dessous encore de Loule cette apla lion, à des profondeurs inou!es de colère et de révolte, commence à agir la pensée de )faral. C'est comme un sombre feu souterrain de désespoir el de haine. c·est le 13 septembre que commence à paraitre le Publiciste de Paris qui deviendra dans quelques semaines l'Ami du Peuple. D'emblée !'écrivain étonne par un mélange extraordinaire de fanatisme et de réalisme aigu. li n ·est pas vrai, comme on l'a dit, qu'il ait toujours cberché à surexciter le soupçon. li a presque aussi souvent gourmandé le peuple pour ses défiances étourdies que pour sa confiance aveugle. li défend dès ses premiers numéros M. de la Salle, accusé à la légère de conspiration : • Dans ce moment où les esprits étaient si
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==