328 HISTOIRE SOCIALISTE dant toute la durée de la législature, puis pendant toute la durée de la suivante, el qui n'est tenu à s'ineliner qu'après une troisième consultation du pays, peut laisser ainsi aux force3 de réaction et de conspiration tout le loisir de s'organiser el de frapper des coups prémédités longuement. En fait, dès que le Roi appliquera l'article constitutionnel qui lui accorde 'Je veto suspensif, toule la machine révolutionnaire subira un choc elîroyahle, et les Assemblées devront obtenir de lui, par la prière ou par la menace, qu'il retire son veto, jusqu'à ce qu'enfin elles suppriment le veto en supprimant la royauté elle-même. Le jour où elle lui accorda le veto suspensif, l'Assemblée nationale condamna Louis XVI à mort. Celle solution incertaine et même, semble-t-il, un peu hypocrite, cette transaction équivoque entre le droit supérieur de la volonlé'nalionale et le souci conservateur d'un grand nombre de membres de l'Assemblée sembla amener à Paris une détente. Le jeudi 10 6eptembre, le journal les Révolutions de Paris, à un moment, il est vrai, où on ne connaissait que le ,•ote de principe sur le veto suspensif écrivait ces lignes apaisantes: • Le refus du consentement du Roi ne pourra jamais avoir qu'un effet suspensif. La sauvegarde de la liberté nationale est donc enfin définitivement établie "· Visiblement des démocrates comme Loslalol ont été inquiétés du mouvement qui avait paru jeter Paris sur Versailles; el ils cherchent à calmer les esprits. Mais l'agitation de Paris était trop profonde et trop vasle pour s'arrêter ainsi. Les vantardises des aristocrates irritaient le peuple; ils prétendaient avoir avec eux la municipalité. Elle a, disait-il, dispersé les brigands de Montmartre, et réduit au silence le Palais Royal; ils paraissaient en attendre une sorte de contre-révolution modérée. Les patrouilles de la garde nationale devenaient.de plus en plus sévères contre les rassemblements et dispersaient la crosse aux reins les « molioonair~s " du Palais Royal; suivant le mot célèbre d'une estampe, le patrouillolisme chas;ait le patriotisme; des ducs, des comtes, des marquis, des agents de change étaient à la tête des compagnies. L'irritation populaire grandissail. Le sentiment se répandait un peu partout que la Révolution allail être dupe : • Le despotisme, disait-on, étail hier un lion; maintenant, c'est un renard». L'unanimité du mouvement bour-, geuis el populaire qui avait, dans les premiers jours, fait reculer l'ennemi, semblait brisée; el beaucoup craignaient que la défection des modéré3, inclinant à la conciliation avec les hommes et les choses de l'ancien régime, ne livrSl à l'ennemi la Révolution par.,lysée. « Une aristocratie de riche; ", maltresse de la gard•s nationale, de plusieurs districts, d'une partie de la municipalité, se sub,tituait, disait-on, à l'aristocraLie des nobles, ou plutôt tendait à se fondre avec celle-ci pour uue commune résistance. L'article qui réglementait le veto suspensif et qui donnait à l'arbitraire royal un grand espace de six années blessa le sentiment populaire comme une
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