Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALISTE 327 seront d'abord jugés par le Roi et ensuite adoptés el rejetés par les assemblées des bail liages. c Je laisse à l'imagination des bons citoyens le soin de calculer les lenteurs, les incertitudes, les troubles que pourrait produire la contrariété des opinions dans les diverses parties de celle grande monarchie, et les ressources que l~ monarque pourrai& trouver au milieu de ces divisions et de l'anarchie qui en serait la suite, pour élever enfin sa puissanu sur les ruines du pouvoir législatif ... • En assistant, dès les mois d'aoOt el de septembre 1789, à ce connil des deux démocrates, Pétion el Robespierre, sur cette question de l'appel au peuple, je ne puis pas oublier que quatre ans plus lard, au mois de janvier 1793, à l'heure tragique où la Convention juge Louis XVI, les Girondins veulent soumettre au peuple la sentence de mort et les Robesperristes, au contraire, repoussent ce moyen dilatoire. Dès 1780, sur la question générale de l'appel au peuple, les positions étaient prises ... Déjà, tandis que Pétion, combinant le veto suspensif du roi et l'appel direct à la souveraineté populaire, livrait la Révolution à je ne sais quel flottement généreux el timide, Robespierre, opposant à la prérogative royale une négation directe, proclamait la nécessité d'un pouvoir populaire, mais concentré el vigoureux. Ce conflit de tendances, qui se produisait à son exlrôme gauche et, pour ainsi dire, à sa pointe la plus aventurée, n'émut guère, sans doute, l',\s- . semblée : la question du referendum n'était pas sérieusement posée devant elle el elle ne vil, sans doute, dans la thèse de Pélion, qu'une diversion ingénieuse. C'est entre le système des deux Chambres ou d'une Chambre unique, c'est enlre le ~yslème du veto absolu ou du veto suspensif sans referendum qu'élait le vrai débat. L'Assemblée, cédant à l'impérieuse logique de la Révolution qui ne pouvait créer une Chambre aristocratique, décida le 10 septembre, par 490 voix contre 89 et 122 abstentions, qu'il y aurait une Chambre uni11ue. Cédant à la même logique révolutionnaire, qui ne pouvait subor- ,donner définitivement la volonté nationale à la volonté royale, elle décida, le H septembre, par 6î3 voix contre 325 el 11 abstentions, que le Roi aurait le veto, mais seulement suspensif. Quelques semaines après elle précise, dans l'article 12 de la Constitution que « le refus suspensif du Roi cessera à la seconde législation après celle qui aura proposé la loi•· A vrai dire ce n'était pas une solution, elle peuple de Paris n·avail pas eu tout à fait torl de craindre que le velo absolu fut accordé au Roi; car en période révolutionnaire, quand il faut refaire toute la législation d'un pays et opposer des actes vigoureux et rapides aux manceuvres de la conlre•révolulion, le Roi qui peut ajourner la volonté du législateur pe.n-

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