Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

321 JIISTOJnE SOCIALISTE vées pour prolcsler contre le syslème élecloral proposé aussi bien que conlre le veto. ~ais, malgré tout, les conflits naissanls des parlis bourgeois, n'onl pas été sans aclion sur le peuple ouvrier. D'inslinct, il allait au parli du mouvement; à celui qui voulail donner à la Révolulion bourgeoise tout son essor : « li est incroyable, dit Lostalot, avec quelle rapidilé le peuple s'est instruit de celle question vraiment délicate el profonde. « Dimanche un ouvrier, qui entendait crier contre le vela, demanda de quel district il était. Un autre disait que, puisqu'il inquiétait tout le monde, il Callail le mettre à la lanteme. li n'y a point d'homme si borné qui ne sache aujourd'hui, que la volonté d'un seul homme 11e peut balancer celle de vingl-quatre millions d'hommes. • Les discussions véhémentes n'avaient pas seulement pour eITet de commencer l'éducation politique du peuple ouvrier, prodigieusement novice encore et ignoranl. En obligeant la fraction bourgeoise plus ardente, à chercher dans le peuple un point d'appui contre la puissance formidable du modérantisme bourgeois, les divisions de la bourgeoisie grandissaient le rôle des prolétaires : ceux-ci, bien faiblement encore, commencent à apparaitre comme les arbitres possibles de la Révolulion. Le mouvement révolutionnaire de Paris, quoique avorté, ne fut pas sans eITetsur l'Assemblée nationale. Je ne crois pas que, même sans celte agitalion de Paris, elle se lt1l livr<'e au Roi et aux conseillers du Roi en leur accordant le veto absolu. Mais le soulèvement de la capilale diminua cerlainement les chances de ce veto absolu. li parall bien, en tout cas, avoir troublé et gêné Mirabeau. Celui•ci, au fond, tenait pour la prérogative royale, pour le vela absolu, mais il fut contrainl, pour ne pas perdre sa popularité, à envelopper sa pensée de tanl de voiles et à prendre lant de précautions, qu'il n'exerça certainement aucune aclion efficace. Sieyès combaltit le veto avec force : il le représenta comme une sorte de Bastille, où l'on enfermerait non plus des individus mais la Nation : « Ce serait, dit-il, une lettre de cachet contre la volonté générale.» A ceux qui, pour soutenir le vela royal, alléguaient le péril que le despotisme d'une Assemblée el « l'aristocratie des représentants • ferait courir au,c libertés publiques. Pélion de Villeneuve répondit: « Que la sanclion des lois pourrait être confiée au peuple. » C'est la première afllrmation législative de l'idée du « referendum. • Il y avait dans les paroles de Pélion un assez grand souffle de démocratie, et dans sa pensée une généreuse confiance en la raison éducable du peuple : • Je ne connais qu'une seule et unique cause qui puisse empêcher les citoyens de s'immiscer dans la confection des lois et de censurer celles

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