308 DISTOII\E SOCIALISTE rail sanctionner aisément ces lois de duperie. L'Assemblée, dont nous avons vu déjà les hésitations à supprimer elfeclivemenl la propriété féodale se laissa aller à applaudir la réponse du noi. Le peuple des campagnes pouvait se demander : Qui trompe-t-on? Et en tout cas le peuple de Paris commençait à être inquiet de la marche incertaine de l'Assemblée. Depuis le 14 juillet il y avait comme une crise profonde à l'Assemblée nationale. La Noblesse el le Clergé, qui en formaient près de la moitit\, s'étaient aperçus qu'au lieu de se livrer à de dangereuses el impuissantes tentatives de coup d'Élat ils n'avaient qu'à fe servir habilement de leur force légale, pour amortir les effets de la )]évolution. Les modé1és, comme Malouel, Mounier en s'unissant à la droite, pouvaient li_vrer l'A,semblée à une sorte de modérantisme qui aurait désarmé la force révolutionnaire. Déjà, pendant Jes mois d'aoO.t et de septembre, les trois questions vilales avaient été longuement débatlues. L'Aisemblée serait-elle permanente? Le Corps législatif serait-il divisé en deux Chambres? Le noi pourrait-il opposer aux décisions du législateur nn veto absolu? Si l'Assemblée avait décidé qu'elle ne serait point permanente, mais que le Roi convoquerait les Élats-généraux irréguiièrement el selon les besoin~, si elle avait décidé qu'une feconde Cbambre, asile et cenlre de l'aristocratie, partagerait le pouvoir avec les élns de la nation, si elle avail, en outre, donné au Roi le droit de refuser indéfiniment sa sanction aux décisions du Corps législatif, el de faire ainsi échec à la volonté ,égale de la France, que restait-il de la Révolution? Ces trois mesures combinées n'en laisseraient subsister qu'une ombre, el les grandes forces sociales du passé, l'Eglise el la Féodalité, auraient bienlôl tourné en dérision une Révolulion ainsi ligo ttée. On pouvait donc tenter contre la Révolulion une sorte de coup d'État législatif plus dangereux que le coup d'Etat militaire, parce qu'il aurait eu l'apparence de la loi el qu'il aurait enchainé la France par la volonté même de ses élus. A. coup sO.r, l<i sens révolulionnaire de la bourgeois,ie la mellait en garde contre celle abdicalion tolale : et le bas clergé, malgré l'inquiétude el le malaise dont les projels qui menaçaient vaguemenl l'Eglise commençaient à le pénétrer, n'aurail pas accepté non plus d'êlre livré à discrétion aux grands prélats rancuneux. Dans la nol.Jlesse même, une minorilé assez forte voulait reconquérir la popularité. li semblait donc impossible qu'en aoO.t el seplembre, presque au lendemain de la victoire commune du peuple et de l'Assemblée, un mouvement de recul se produisll. Pourtant, c'est au nom du Comité de Conslilulion, c'est-à-dire en quelque façon au nom de l'Assemblée elle-même, que Lally Tolendal et Mounier, dans la séance du 31 aoO.tproposent un plan de Conslitulion extrêmement conservateur. Ce sont les grandes influences modératrices de la royauté el de la propriété qui vont primer toutes les autres. Sans doute ils
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