Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOII\E SOCIALISTE 21)1 remlJoursemenl en capital. En vain les seigneurs s'armèr ent-ils de ces dispositions de l'Assemblée J)Our exiger des paysans, en son nom, le paiement des droils. Les pay~aos purenl momentanément se soumetlre, mais ils subirenl ces exigences comme une sorle de lyrannie posthume d'un rég ime frappé à mort; loules les oisposilions relatives au rachat leur JJOrurenl un démenti ,candaleux et néces-ai~emenl provisoire à la formule d'allranchissemenl par lac1uelle s'ouvrait le décrel de l'Assemblée nationale. El en fail, le sy,tème du rachal était inapplicable. Je n'ai pas à di•culer en ce momenl le mode de rachat institué par l'ABsemblée nationale. Celle-ci, hésitanle el tourmentée, ne le détermina que quelques mois plus lard, en mar, 1,IJ0, el elle se heurta presque lout de suite à la ré,i,tance pa"ionnée des pay:;ans. ~lais c'est le principe môme du rac,bat qui, en cette période révolutionnaire et, quel que fùl le mécanisme adoplé, éta il impraticalJie, et de,ait ,uccomller enfin pour taire place à l'expropriation pure el simple. ~ul ne 1wut faire grief à l'Assemhlée nationale de ne J)OSl'a\'Oir compris d'emblée. li est puéril de demander à une Révolution, dans sa période de t:'llonnement et d'incertitude, les résolutions logiques et e~trêmes qu'amènera le dé,elop11emenl de la crise. En fait, aucun des déruocrat es de la gauche h plus populaire, ni Robespierre, ni Pétion n'osèrenl parler de l'expropriation sans indemnité. Ils n'y pen,ùrent seulrmenl pas. Comme beaucoup de IJourgeoL~a,aieol acquis par contrat des rentes féodale•, comme la forme du contrat protégeait la pluparl des droits féodaux, il [allait une c,asp6rution révolulionoaire aiguë pour qu'on o,o.t briser rnos indemnité lou, les contrals. · 11tallail que la Révolution f1H en~;igéc contre la nobles se el contre ses alliés du dehors dans une lultc si· passionnée, si lerrible qu'elle songeil.l avant lout à porler le coup mortel à l'ennemi, au risque de blesser quelquesuns de ses propres inlérêts confondus dans la ma,se des intérêts aristocraliques. Commcnl cela e0t.-il élé possible en ao0t, dans la d étente qui suivit la üctoire du 1,i juillel. el quand les oolJles prenaieol très habilement l'initiative d'une réforme parlielle du système? L'Assemblée esl donc bien excusable d'avoir adopté d'abord uoe solution tnef!lcacé el équi\•oque; mais à l'épreuve, celte solution ne pouvail tenir. Ou bien, en elîel, le rachat se rerait ti·ès lentement, el comment espérer que la cla.se paysanne, si durement foulée depuis des siècle,, consente à porler encore longtemps cel accablant fardeau, quand les grands événement, révolutionnaires lui ont donné, dès à présent, la conscience de sa force, el quand l'espérance a exaspéré le désir? Le rylhme de la Révolution ne permellait pas ces comlJina isôns à longue échéance. Ou bien, au contraire, le rachat se ferait très \ile el pour ain,i dire immédiatemenl, mais avec quelles ressources'? Si on évalue à iW millions par an l'ensemble des redevances féodales, ùonl la p luparl sonl racbe-

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