278 HISTOfllE SOCIALISTE tudes n'arrôlairnl pas encore son élan, el c'est avec une magnifique con,Jlance en la raison qu'elle aborda d'emblée l'élaboralion des Droits de l'homme, préface de la Constilulion. Elle était toute entière à ce haul et noble lravail, quand les premières nouvelles du soulèl'emenL des campagnes lui parvinrenl. Elle apprit de toutes parts, dans les derniers jours de juillet el les premiers jours cl'aoûl, que les paysans, devançant ou dépassanl même par leur action spontanée les décisions du législateur, rerusaienl le paiemenl lies impôls les plusoclieux, comme celui de la gabelle, el des droils féodaux, cens, champarl, etc. lis pénétraient armés dans les ch::lteaux, el, s'abslenartt de loute violence contre les personnes. saisis,aicnl et brùlaienl les vieux parchemins, les lilres anciens ou nouveaux d'e~ploilation féodale. C'était l'abolition violente de toul le. système féodal. C'était la grande révolution paysanne s'accomplissant en dehors des formes légales el de la volonté du lôgislatew. L'émoi ful grand dans l'Assemblée : on eût dit qu'elle hésitail à aborder en face le problème de la féodalilé. Elle sentail que sou1·cnt la distinction serail difficile à faire entre la propriélé féodale el la propriélé bourgeoise, qu'abolir par exemple lei droit censucl régulièremenl acquis var contrat, c'était toucher au principe même du contrat, forme légale et garanlie de la propriélé bourgeoi5e elle-mémo. C'est pourquoi la bourgeoisie révolutionnaire avait adouci et amorli autant qu'elle l'avait pu, dans la rédaclion générale des cahiers de bailliage, la véhémente revendication paysanne. Laissée à elle-môme~ l'Assemblée se fùt bornée probablemenl à détruire les privilèges d'impôt el à abolir la servitude vcrsonnclle. Pour l'ensemble des redevances féodales, elle eûl toul au plus inslilué un syslème de rachat facultatif el à long terme. Le rude mouvement paysan l'acculait. Il fallail ou bien organiser dans toute l'élenctue des campagnes une répression bien diffleile el bien dangereuse, ou céder à l'élan des paysans rél'ollés. Les premières motions qui lui furenl failes étaient toutes de répression. Dans la séance du 3 août, Salomon, au nom du Comité des rapporls, poussa au noir le tableau : « Par des lettres émanées des provinces, il·paratl que les propriétés, de quelque nature qu·ettes soient, sonl la proie du plus coupable brigandage; de tous les côtés les ch::lleaux sont brûlés, les couvents sont détruits, les fermes abandonnées au pillage. Les impôls, les redevances seigneuriales, loul est délrui l. Les lois son, ,ans force, les magistrats sans aulol'ilé, la juHice n'est plus qu'un fantôme qu'on cherche en vain dans les lribunaux. » Vraiment, le Comité sonnait le tocsin de la peur. El il propose à I'Assemblée l'arrélé suivanl: « L'Assemblée nationale, informée que le payement des rentes, dimes, impôts, cens, redevances seigneuriales, est obslinémenl refusé; que les 1iabitants des paroisses se réunissent et témoignent dans des acles l'engagement de ces refus et que ceux qui ne veulent pas s'y soumettre sont exp?sés aux menaces les plus efTrayanles et éprouvent de mauvais traite-
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