Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

HISTOIRE SOCIALTSTE 275 des biens; de là sont venus la J)lupart des ravages qui ont désolé nos prt,- "inces. >) JI semble donc évident qu'il y a eu, dans les jours qui sui1irenl l'ébranlement du 14 juillet, une poussée des misérables, La Révolution sera sans cesse obsédée par la peur « de la loi agraire •· C'est sans doute des premiers jours de la fiévolutic,n, c1uifurent peul-être 1es plus effervescents el les plus agités, que date cette peur. Nous n'avons p,.·esque aucune donnée sur ce mouvement du prolétariat rnral. Il était sans doute purement instinctif: on n'en trouve nulle part une formule claire el il . ne parait pas qu'il ail eu des chefs conscients. Il se bornait le plus souvent au pillage nocturne et furtif des récoltes moissonnées avant l'heure: ou bien il était comme perdu dans le mouvement révolullonnaire de la propriété paysanne. Quand les paysans du Mâconnais el du Lyonnais par exemple ,ont incendier les cMLeaux pour brOler les papiers des commissaires à terrier, n m'est impossi!Jle de ne pas me rappeler que bien souvent dans les cahiers des paroisses « le riche et stérile bourgeois• est nommé à côté du noble ; et sans doute il eOt suffi de peu de chose 'pour diriger sur la grande propriété bourgeoise les foules irrilé~s el armées de fourches qui assaillaient le château du noble. La bourgeoisie, un peu partout, comprit le péril el la garde bourgeoise des , illes se précipita dans les campagnes pour contenir ou réprimer les paysans. De Lyon, dans les journées des Z7, 28 el 29 juillet, on voyait Oamber les châteaux de Loras, de Leuze, de Combe, de Puisignan, de Saint-Priest. La garde bourgeoise marche contre les pay,ans, cl quanù elle rentre en ville, elle est asrnillie à coup de pierres et de tuiles par les OU1riers de la Guillotière, qui prennent parti pour les paysans insurgés. On dirait un moment que tout le prolétariat misérable, oul'rier el paysan, va se lever à la lois contre l'aneien régime féodal el contre le nouveau régime bourgeois,et qu'une lutte de elasse profonde, formidable, la lutte de tous les sans propriété contre tous les possédants va se substituer à la superOcielle Révolution de la propriété bourgeoise e(paysanne contre le privilège des nobles. Velléités impuissantes 1 Tentalives confuses et vaines 1 Les temps n'étaient pas mOrs, el ces premiers soulèvements de hasard sont bien symbolisés en effet par le furtif larcin de nuit des bandes errantes coupant des blés encore verts . ., Mais il y cul un moment où les paysans établis, les petits propriétaires, les habitants des villages qui araienl un clos, un jardin et un bout de champ sentirent frémir Loule l'obscure misère d'en bas, Comment s'engager à fond dans la Révolution, comment marcher à l'assaut des Bastilles féodales si l'on risque d'lilre débordé par un prolétariat mendiant el menaçant ? A quoi bon arracher au seigneur les gerbes de blé qu'il prélèl'e par le

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