274 HISTOIRE SOCIA'LlST'E celle heur,' d'uniwrsellr commotion, un mouvement des sans-propriété, des misérahle•, dr• Yagabonrls, clcs affamés. F.n plus d'un point, ils se sont organisé, rn handes, criant qu'ils avaient le droit de manger et de vivre. Plu•irurs municipalités avisent !'As semblée nationale que dans la nui t du :?:i juillet « des bri<;ands ava ienl coupé les blés encore verts. • A celle date, et m1'mc dans la région du Nord, ils ne devaient pas Mre loin de malutnrilé, el cru, qu"on appelle • des brigands •, opérant pour le compte de la con trc-rholution étaient sans doute des affamés qui ne voulaient pas all endre que la mois-on cnlii'rement mOre tombât sous la faux du propriétaire el fô.l mi,r à l'ahri dans les granges. Qurlqurs n ounmrnls partiels de celle sorte ont suffi pour répandre la tNrrur rlans lrs campagnes où régnait déjà, à l'état chronique, la peur des mendiant,. Je sui~ hicn porté à croire que « la grande peur• est surtout re,agéralion de cette frayeur chronique. Qu'on lise tous les cahiers des bailliages rurau,, des paroisses, partout on verra que les cultivateurs se plai gnent d"èlre à la merci des mendiants. li faut les loger, les nourrir, les secourir; sinon, il, mrnaccnl, et rien ne leur est plus facile que de mettre en e ffet Je feu au, !Jàtimenls de la ferme et au, récoltes. I-1 grande é,·ol11tion économique de la deu1ième moitié du xvm• siècle, l a croissance de l'industrie el des ,·illcs, la transformation de l'économie rurale avaicnl déraciné de nomlireuses e,istences : les roules cl les camp agnes étaient cou,erles d'hommes errants dont la peur obsède les cultivat eurs. Ccll\-Ci en parlent avec colère, frayeur cl mépris. Rien n'est plus poi gnant que rie ,·oir les paysans, dans lts mémes cnhiers où ils se plaignent de l'oppres,ion cl <les 1·oll'ries du seigneur cl où ils revendiquent le droit de cu eillir pour leur, bestiaux l'herbe des forNs, dénoncer comme ?n péril les vagabonds, les mendiants, ou, comme ils disent • tout le fretin de la société •· Sous la misère classée il y a une misère errante, el celle-ci est pour celle-là ohjet do mépris et de terreur. Qu'on se rappelle les plaintes des pay- !'-.qn,propriétaires eux-mêmes contre la multitu!le des glaneurs qui env ahis saient le champ à peine moissonné : je me demande si ce ne sont pjis ce_ hommes cl ces femmes qui, pressé; par la faim el excités par le frémisse ment ré1olulionnuire, se formaient en troupes el coupaient les blés. Ains i aux ,agabonds, aux errants se seraient mêlés parfois les plus pauvres de ch aque villaµ-e, les sans-1>ropri6lé. Le journal Les Révolutions de Paris, dans ses nouvelles de province du commencement (le septembre, dit ceci: • Des lellres de Genève anno ncent que <lesindividus des mont.1gncs voi~ines se soul avancés en foule du côté de Ferney ; la garnison de Genève, secondée de quantité de volontaires , s'y est portée; on y a conduit du canon cl les montagnards ont pris la fuite. l'i!}norance ou plut~/ l'ineptie du pPttplc de 9uelques provinces lui a /ail croire que l'égalité et la liberté ltti pennellaienl en quelque sorte le partage
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