Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

2ï0 li ISTOJRE SOCIALISTE gardes-bourgeoises s·amlienl à la garde bourgeoise parisienne el des adresses fraternelles sont envoyées de toute part à la municipalité de Paris. II n'est pas étonnant qu'un an après la fèlc de la fédération soit fixée au 1\ juillet. Car c'est bien le 14 juillet 1î89 qu'est née vraiment la fédération des communes de France : un môme instinct avertit à la même heure tous les groupements de citoyen,, toutes les cités, que la liberté serait précaire cl débile tant qu'elle ne reposerait qu'en l'Assemblée nationale, et qu'il fallait lui donner autant de foyers qu'il y avait de communes. Ainsi môlée, pour ainsi dire, à la vie familière des citoyens, ainsi animée et renouvelée sur place par des énergies sans nombre, la Révolution serait invincible. Mais toutes ces énergies municipales spontanées, multiples avaient pour centre politique l'Assemblée, pour foyer dominant Paris, pour centre idéal la Révolution. Elles étaient naturellement et nécessairement fédérées. Grandes journées où, dans l'ardeur môme du combat, une idée claire et décishe s'affirmait I Les fulgurations de l'orage semblaient se fondre dans la lumière splendide d'un jour d'été. En suscitant la vie municipale, la journée du 14 juillet rapprochait un peu du premier plan de l'action le prolétariat encore relégué dans un arrière fond ob,cur. Certes, les ouvriers, les pauvres sont bien loin encore de mellre la main sur le pouvoir municipal. lis seront exclus, comme nous le verrons bientôt, de la garde bourgeoise et ils ne siégeront pas aux assemblées des districts : la vie municipale parisienne sera même marquée pour un assez long temps d'un caractère plus étroitement bourgeois que l'action centrale de l'Assemblée. ~lais il était impossible d'organiser, à Paris, le pouvoir légal de soixante districts d'abord, de quarante-huit sections ensuite, sans que bientôt un certain nombre de ces districts ou de ces sections vibrent de toute la force el de Loule la passion populaires. Tandis que la voix de Robespierre était à demi éloulîée el comme opprimée à l'Assemblée nationale, la voix de Danton retentissait au district des Cordeliers. ~tulliplier, si je puis dire, les points de pouvoir, c'est multiplier les points de contacl du pouvoir même avec le peuple : c·esl donc malgré toutes les barrières légales du cens, accrollre les chances et les occasions d'i ntcrvenlion populaire el incliner la Révolution bourgeoise non pas vers Je socialisme dont l'idée môme est à naltre, mais vers la démocralie. S'il y avait morcellement et émiettement complet, si chaque commune était un petit monde clos, l'oligarchie bourgeoise finirait par mettre la main sur tous ces mécanismes séparés et de médiocre vigueur. Mais quand celle multiplicité des activités locales se combine avec un grand mouvement général quj passionne si l'on peul dire Lous les rouages, la continuité et la véhémence de l'action donnent peu à peu le pouvoir aux plus ardents, aux plus agissants el aux plus robustes. Voilà comment la journée

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