HISTOIRE SOCIALISTE 203 somhre et triste château où tant de prisonniers d'État, roturiers ou nobles avaient g(mi et qui semblait en travers du remuant faubourg Saint-Antoine barrer la vie et la joie était odieux à Paris, à tout Paris. Nous avons déjà vu Mercier souhaiter que les nouveaux plans de voirie emportent enfin la pri~on délPslée : et dans leurs cahiers les citoyens nobles de Paris décident : c Sa llajesté sera suppliée d'ordonner la démolition de la Bastille. » Il n'y avait pas d'ordre, pas de classe scciale qui n'ait eu quelques-uns des siens au plus prolond de ces cachots noirs. Si le Tiers-Étal et la noblesse ne donnaient pas au mol de liberté le même sens, du moins bourgeois et nobles se rencontraient-ils dans une commune haine de ce monument du despotisme ministériel. El l'attaque contre la Bastille fut, de la part du peuple, un coup de génie ré\'olulionnaire. Car m~me la noblesse de la grande cité ne pouvait, sans démcnlir odieusement ses paroles cl ses haines d'hirr, ré-is- • ter au mouvement. Ainsi la Cour était comme isolée dans son enlrepri,c de coup d'Etat : el contre les régiments étrangers qui cernaient la Ré,.olulion cc n'est pas seulement la Révolution, c'est tout Paris qui se soulevait. A\'ant tout il fallait des armes : entre neuf el onze heures du malin une foule immens<i se porta aux In,·alides où était un grand dépôt de fusils, et enleva en elTel vingt-huit mille fusils el cinq canons. La Ba-tille pouvait être forcé<i. Le comité permanent des éleclcms réuni à l'Ilùlel de ville es-aya d'abord de pré\'enir le choc : puis, cédant à l'irrrsislilJ!e pas,iun du peuple, il esrnya du moins d'oblPnir par des moyens racifir1ues la capitulation de la forteresse. Mais les néµocialeurs, à la seconde tentative, furent accueillis à coups de fusils : y eut-il méprise? y eut-il lrahi,on? Le gouverneur de Launay paiera de ,a l~le tout à l'heure celle violation ùes lois de lb guerre. Conduite par quelques héros qui franchirent les fossés, et coupèrent les chaines des ponts-levis, la foule força \a citadelle : hésitants, divisés, les soldats se rendirent. Les gardes-françaises avaient joué ùans J'as;aut un rôle décisif. Il est difficile de dresser une liste authentique des assaillants, ,, des ~•ainqueurs de la Bastille •· Dès le lendemain des prétentions sans nombre s'élevèrent. Le journal Les Révolutions ae Paris donne une liste très courte de ceux qui se distinguèrent particulièrement : « Le sieur Arné, grenadier des gardes françaises, compagnie de Ressuvelles, nalir ùe Dole en Franche-Comté, âgé de 26 ans, qui le premier s'empara du gomerneur, se porla partout avec courage, reçut plusieurs blessures légères el fut décoré à l' Hôtel de Ville de la couronne civique et de la croix de Saint-Louis que portail le sieur Delaunay. « Le sieur Hullin, directeur de la buanderie de la reine à la Briche, qui &l'ait engagé les grenadiers de Ressuvelles et les fusiliers de Lubersac à se rendre à la Bastille a,·ec trois pièces de canon et dcu, autres que bientôt on 'f réunit ; le sieur Hullin a été un des chefs de l'aclion; il s'est exposé partout où le besoin l'a exigé; il a été l'un des premiers à sauter sur le pont-
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