Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

202 IIISTOinE SOCIALISTE résistance. Plusieurs, dans l'Assemblée, hésilenl encore à armer Paris, comme si Paris, en ces heures tragiques, n'élail pas la névolulion ellemême; mais la forte parole de Chapelier emporte les dernières lirnidilés: • \",ius al'CZ à délibérer d"a!Jord sur les trou1ies ennemies el étrangères qui as,iègent un peuple bon el fidèle; le sang coule, les propriél6s ne sont pas en sùrelé; enfin le scandale des Allemands ameutés est à son comble. li n'y a que la garde-bourgeoise qui puisse remédier à tous ces malheurs. L'expérience nous l'a appris : c'esl le peuple qui doil garder le peuple. ». Guillotin, de retour à Paris, pul dire à la bourgeoisie révolutionnaire qu'elle s·organisail avec le consenlemenl de la nalion. En même temps les districts obligent l'assemblée des électeurs à constituer un Comité permanrnt. Il esl comme une combinaison de la municipalité légale el de la nouvelle municipalité révolutionnaire. JI esl formé des huit membres alors en exercice du Bureau de la \"ille el de quatorze membres désignés par les électeurs. Ce Comité a puur mamlal de repousser l'inva,ion contre-ré, olutionnaire des hordes allemandes soldées par le roi. Ce qu'il y a d'admiraLle à cette heure dans la bourgeoisie rorolutionnaire de Paris, ce qui montre bien la légitimité historique de son avènement de classe, c'est son absolue confiance en clle-mème. Elle ne craint pas d'être prise entre les révolles de 1'1 misère et le coup d'Etat du roi. c·est en vain que quelques timides lui montrent là-haut, sur les sommets de Montmartre, une foule sordide de neuf mille ouvriers travaillant aux ateliers de charité. Elle n'a point peur que dans la secousse révolutionnaire, cet abcès de misère crève sur elle. Elle n'a pas peur de distribuer des armes : elle sait qu'elle esl assez forte pour en surveiller l'emploi. .. Elle écarte, désarme lous ceux qui n·ayanl point de propriété eux-mêmes ne donnent pas des garanties à la propriété, el dès le 14, Bancal des Essarts annonce à l'Assemblée nationale que la milice l,ourgeoise a désarmé beaucoup de particuliers. En pleine tourmente révolutionnaire elle don ne à sa milice un caractère bourgeois, el elle sail que les prolétaires entrainés à sa suite n"olèveronl pas un murmure: ils jetteront des pierres à la contre-révolution s'ils ne peuvent lui envoyer des balles. L'amLassadeur de Venise constate avec quelle rapidité et quelle décision la bour,;eoisie parisien ne a su en deux jours organiser tout ensemble !"action révolutionnaire el rordre bourgeois. Dès la matinée du H, tout le peuple de Paris, bourgeois, artisans, prolétaires, se préparait au combat. Un détachement de dragons avait traversé le faubourg Saint-Antoine el s'Nait approché des murs de la Bastille. Le peuple avait conclu que la Bastille allait devenir le centre d·un grand rassemblement militaire, la Lase d'opération d'une partie des troupes dirigées contre Paris : entre ces troupes el celles gui étaient massées aux ChampsÉlysées, Paris serait écrasé. C'est donc une nécessité tactique qui tourne contre la Bastille les efforts du peuple. c·est aussi une vieille haine. Le

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