Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

266 HISTOIRE SOC1ALISTE A la lin de juin, quelques solclals des gardes-françaises, accusés par leurs chers d'insubordinalion, furenl enfermés à !'Abbaye, el le bruit se répandiL bientôt dans Paris qu'ils allaienl êlre transférés à l'odieux Bicèlre, dans celle horrible sen li ne de \'ices, de folie, de misère el dïnfeclion. Le peuple soulevé enfonça les portes de l'Alibaye, délivra les soldats prisonniers, el les emrnena au Palais-lloyal, où une roule immense veilla sur eux. L'e!fel dul ôlre très grand dans les casernes. Mais l'autorité militaire réclamait les soldats, el elle annouçait I intention de les reprendre de !orce. Une dépulalion de citoyens de Paris se rendit à l'Assemblée pour la prier d'intervenir auprès du roi en laveur des gardes-françaises. Gra,e embarras pour-l'Assemblée. Elle refusa d'abord de recevoir la députalion. Intervenir, c'était empiéter « sur le pouvoir exécutif•· c'était aussi encourager peul-êlrc des mouvements de rue el des mouvemenls de caserne dont l'Assemblée ne \'Oulail pas prendre la responrnbililé. C'esl ce que soulinrenl avec force la droite el les modérés, Mounier el Clermont-Tonnerre. Mais il y avait un péril peul-être mortel pour la Ré\'olulion à abandonner les soldats aux répressions violentes de la monarchie. C'élai l rendre à la contrc-rév, lu lion l'armée. Mirabeau, pour parer au danger, proposa l'envoi d'une adres,~ à Paris pour calmer le peuple, el d'une députation au roi pour demander la grâce des soldats. Chapelier, avec sa vigueur brelonne, dénonça la respo11sabililé de la Cour el du roi lui-même. • li serail dangereux, dil-il, de lémoigner une insensibilité cruelle pour ceux qui dans toute autre circonslance seraienl coupailles, mais qui aujourd'hui 11esont que t,•op excusables. En e!Tel, quelle est l'origine des révoltes qui éclatent dans Paris? C'esl la séance royale; c'esl le coup porlé aux Elats-Généraux; c'est celle espèce de violalion, celle usurpalion de raulorité exécutive ~ur l'autorité législative. • Presque toute la gauche applaudil Chapelier. El l'Assemblée envoya une députation au roi, pour le supplier de rétablir l'ordre par la clémence. Ainsi l'Assemblée nalionale él'ila de rompre le lien enlre elle el Je peuple de Paris. En s'isolant elle périssail. Le roi til grâce; mais il esl certain que conseillé par la ·reine et les princes, il vil dans les troubles de Paris l'occasion de rélablir son autorité par la force. El il le signifia aussi clairement que possible à l'A;semblée par sa lettre du 3 jui!lel : « Je ne doute pas que celle assemblée n'attache une égale impo, lance au succès de loules les mesures que je prends pour rélablir l'ordre dans la capitale. L'esprit de licence el d·insubordination est destruclif de toul lien, et sïl prenait de l'accroissement, non seulcrnenl le bonheur de tous le, citoyens serail lroublé, mais l'on finirait peut-ètre par méco1111aître le prix des généreux travaux auxquels les représe11tantsde ta nation vont se consacrer. » Celle phra,c lrahil lout le plan de la Jour. C'est à Paris qu'elle \'eut frapper mainlenanl la grande Assemblée de Versailles. La Cour s'esl aperçue

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