Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOIRE SOCIALISTE (:'Angl..te 0 re) a souffert plus cl'un siècle de convulsions el de guerres civiles, al'anl d'affrrmir ses lois. L'Amérique même, dont le génie tutélaire du monde semble récomrrnser aujourd'hui l'a!franchissemenl qui est notre ouvrage n'ajouide ce bien inestimable qu'après des revers sanglants el cJ,,, combats loni;s el douteux. El nous, messieurs, nous verrons la même Ré\'Olution s'opérer ,,ar le seul concours des lumières el des intention, patriotiques ... L'histoire n'a trop souvent raconté les actions que de bêt••s féroces, parmi lesqurlles on distingue cle loin en loin des héros; il nous est permis d'espirer que nous commenrons l'histoire des hommes •. Il n'est pas de plus admirable parole: je voudrais retenir et proloni;er cc cri d'humanité pour la prochaine révolution prolétarienne. Ce n'est pas en l'ain qu'il retentit, en iî89, au début de la Révolution: Car elle fut malgré tout, une des plus humaines el des plus douces. Ainsi )!irabeau, en un mouvement alterné où il n'y avait point de duplicité, éclatait en magnifiques colères quand la Révolution était en péril, el adoucissait les cœurs dès qu'une chance apparaissait de réussite pacifique. Pendant que l'Assemblée, se croyant enfin victorieuse, s'appliquait à atténuer lrs elîels de la commotion du 23 juin, la Cour reprenant l'o!Tensive, ou peulêtre découvraul à nouveau des plans d'attaque qu'elle n'avait jamais abandonnés, concenlrail des troupes en vue d'un coup de force sirnultané sur Paris el sur Versailles. Elle avait compris qu'il ne suffirait pas de frapper l'Assembloe ou le peuple; qu'il fallait écraser à la fois la conscience centrale de la nation à Versailles et la forre centrale de la nation à Paris El par un prodigieux aveuglement, c'est au lendemain mème du jour où l'A-'emblée nationale avait recueilli en elle la noblesse en partie sincère, et g igné le clergé en majorité révolutionnaire, que la Cour tentait cette terrible enlreprise de cont1·e-révolulion. La Cour, pour mobiliser les troupes et les concentrer entre Paris et Yersailles, prit prétexte des incidents de !'Abbaye. Depuis que la lutte entre l'Assemblée et la Cour était engagée, le peuple de Paris, avec un grand sens révolutionnaire, avait compris qu'il fallait s'assurer des soldats, et il essayait de le3 gagner à la. cause de la Révolution. Ce n'élait pas très malaisé, car c'est à l'armée surtout que le privilège des nobles était intolérable: seuls ils pouvaient devenir offieiers; la discipline était dure, la paie très faible. Les solùals recevaient huit sous par jour pour se nourrir. El la plupart d'entre eux, pour vivre, étaient obligés de compléter celte paie en travaillant à quelque métier pendant les heures de liberté que leur lai,sail la triste c1serne où ils séjournaient huit ans. lis étaient donc tout à la fois mécontents et mèlés à la vie fiévreuse de la nation : tout préparés, par conséquent, à l'entrainement révolutionnaire. Le peuple de Paris exerçait notamment sur le, gardes-françaises une incessante propagande.

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