Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

230 JIISTOinE SOCIALISTE du Tiers et en rcpou,,anl le vole par têlc qui en est la suite nécessaire a créé une situation inPxlricahle. Le roi oublie de dire qu'au moment où la démarche solennelle c1,,, commune, allail décider le bas clergé à la réunion el y acculer au»i la noblesse, c'est lui qui a subitement ranimé la résistance des pridkgié, c11éYoquanl de\'anl lui le dilîérend qui allait êlre réglé. Par faiblesse ou duplicité il a fait le jeu des nobles têtus. des prélals intrigants, et c·esl la nation q11ïl accuse. Jïmar;inc que dans le silence même des communes dc\'ait gronder une sourde protestation. Et qu'olîre le roi pour mettre 1\11 il cc conflit? C'est de consacrer à jamais la prétention des privilégiés et l'impuissance de la nation; il dit, en l'article i" de sa déclaration: « Le roi ,·eut que l'ancicn11e distinction des trois ordres de l'Élat soit conservée en son enlier, comme essentiellement liée à la constitution de son royaume; que les députés librement élus par chacun des trois ordres, formant trois chambres, délibérant p<1rordre, et pou"ant, avec l'approbation du souverain, con- ,·cnir de délibérer en commun, puissent seuls Mre considérés comme formant le corps des rcpré,cntants de la nation. En conséquence, le roi a déclaré nulles les délibérations prises par les députés de l'orclre du Tiersf:tal, le 17 de cc mois, aiusi ciue c<·llcs qui auraient pu s·ensuivre, comme illégales el inconstitutionnelles. • li ùrise donc l'unité de la repré~entation nationale. De plus, en un deu,ii'lnc article, se substituant môme aux Trois ordres, il déclare valider tous les mandats sur lesquels il ne s'est point élevé de contestation. Enfin il soustraite.,pressérnenl à toute délibération commune • toutes les affaires gui regardent les droits antiques et constitutionnels des trois ordre,, la Cormede con,titution à donner aux prochains Etats-Généraux, les propriétés féodales et seigneuriales, les droits utiles et les préro~atives honorifiques des deux premiers ordres •. Ainsi c'est la noble,se qui dira si la propriété féodale doit être maintenue ou aùolie: c'est la noblesse qui décidera du sort de la ,:ioblesse: c'est le clergé gui décidera des privilèges du clergé: l'unité que la bourgeoisie se flattait d'avoir donnée à la France n'est qu'un leurre; il y a des ordres séparés les uns des autres par des abimes : el chacun d'eux est la forteresse où des privilèges sont enfermés. Ces garanties ne suffisent pas au clergé, el pour le rassu,er le roi déclare en uu article spécial: « Le consentement particulier du clergé sera nécessaire pour toutes les dispositions qui pourraient intéresser la religion, la discipline ecclésiastique, le régime des ordres et corps séculiers et réguliers. • Le roi ne bafoue pas seulement la nation, il humilie la royauté ellc-mème, et il en livre à jamais le pouvoir démembré aux ordres privil6giés. El comme si la représrntation nationale n'était pas assez abaissée et anéantie, le roi décide que dans les cas très rares où les trois ordres délibéreront eu commun sur des objets d'ailleurs insigniHants, le public ne sera

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