Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

2i0 lllS'J'OII\E SOCIALISTE danl parfois si le pays énervé el lassé avant d'avoir agi, ne les laisserail pas Lomher dans l'a\Jlme. Mais le pay, élail admirable de clairvoyance el, averti 1 r les lettres de députés, il faisait crédit à la bourgeoisie révolutionnaire de plu,ieurs mois de souffrance cl d'atlcnlc, pourvu qu·enfin, à l'heure propice, elle s·arnrn11l.l. l'iecker, au nom du roi, mil fin aux contérences qui trainaient, par une formule de prétendue conciliation qui li vrail tout à l'arbitraire royal. Chaque ordre devait vérifier à parl les pouvoirs de ses membres: si des conleslalions se produi~aienl de la part des autres ordres, une commission commune del'ail délibérer, cl si l'accord ne se faisait pas, le roi jugeait en dernier ressort. Applique,z celle procédure aux autres questions, el Ioule la l\évolulion csl remise aux mains du roi. Necker se disait rnns doute qu'elle était par là même remise entre ses mains. C'était la consécration définitive de l'arbitraire royal el du despolisme minislériel. li n'y avait plus à hé,iter, el quel que fOl le péril d'une lnllc directe contre les mini,trèS du roi r.l contre le roi, on ne pou mil plus reculer d'un pas sans tomber dans le gouffre. ~lira beau, dans la séance du 5 juin, dénonça avec colère la manœuvre ministérielle el conseilla la ré8iSLance à outrance: • Ce serait manquer à nous-mêmes, :Uessieurs, ce serait prévariquer que d'adopter la proposilion de, commi,saire5 du roi : elle atlenle aux droits de la nation, elle blesse également la justice el les convenances; elle aurait les suites les plus redoutables; elle paralyserail de mort l'Assemblée nationale avant ·même qu'elle eOl manifesté son existence; elle ferait avorter la dernière espérance de la na lion. • C•ul-il senlir à ce moment dans l'Assemblée une tcntalion de faiblesse? Il a écrit plus tard dans une de ses lettres à la Cour : « L'Assemblée n'était venue que pour capituler. » Parole amère et inju8le: car Loule la conduile du Tiers atteste autant de fermeté que de sages,c, el Mirabeau n'était grand que parce qu'il savait trouver, dar.s la conscience même de rAssemblée, le point d'équilibre des justes audaces et des nèce8saires habiletés. Le Tiers se donna quelques jours de répit, en prétextanl qu'il atlendait la clôture des procès-verbaux de la conférence, el pendant ces quelques Jours, du 6 au 10 juin, la noblesse lui fournil le moyen de trancher le nœud. Elle n'avait pas vu sans jalousie l'influence croissante clu clergé, el elle n'avait pas vu sans inquiétude l'action de la Loule-puissance ministérielle. Elle comprit que la Révolution ainsi dénouée tournerait au profil du haut clergé et du roi, cl qu'elle-même sortirait amoindrie encore, el quelque peu ridicule, de celle aventure. Elle fit donc quelques réserves, et prétendit que pour certaines catégories de députés elle devait juger en dernier ressort. Le Tiers-Etat se Jeta avidemmenl sur le moyen de salut que lui fournissait, sans le vouloir, la noblesse. li s'écria qu'il élail démontré enfin que Ioules ces conférences étaient vaines, et comme il ne reslail plus au Tiers-Elal qu'à affirmer son droit sou-

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