Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

230 HlSTOinE SOCIALISTE sont composées que de petites propriétés qtti ont été envahies de toutes rnanières. « On éblouit un paysan malaisé avec de l'argent comptant, on lui en suscite le besoin par la facilité cruelle de lui prèter jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rendre, alors on le saisit, on vend au bas prix son héritage au profit du prêteur, on lui fait mille chicanes pour des lrngatelles, on l'étourdit par la crainte d'un procès ruineux qui l'oblige de faire le sacrifice de petit bien qui faisait subsister sa famille. • « La cupidité des riches leur suscite mille moyens pour s'agrandir, ce qui esl une principale source de la misère des peuples de la campagne ... « Nous représentons qu'il serait infiniment utile d'établir dans tous villages, autant que faire se pourra, des pâtures communes, contre l'opinion des agronomes modernes; 11u·onfasse restituer celles qui ont été usurpées, el les terrains vagues donl on s'est emparé depuis plusieurs années, et qu'on remrlte les chemins ruraux dans leur ancienne intégrité. « Ces terrains et ces chemins, que plusieurs seigneurs et particuliers ont mis en rullure à leur µ1•vfit,élait,nL tles e,p~ces de pàlures puur les vaches, dont la prirntion esL encore une des causes de misère des pauvres habitants des campagnes : mais on a tout fait pour les riches et rien pour les pauvres. • Ainsi, c'est une passion vibrante qui, de Lous les points de la France rurale, répondra aux premiers actes de la Révolution. Et non seulement la bourgeoisie révolutionnaire, si puissante par la force économique et la force de l'idée, ne sera point ilé;al'Ouée par le vaste peuple des cmnpa,nes : mais celui-ci aura comme un surcroit de colère, prél à déborder au delà même des limites que le 'l'iers l.lal des villes aurait marquées. Quand une gcarule Ile surgit ùu sein de !'Océan, elle ébranle au loin les vastes llols, el les Hots, par un irrésislillle mouve111entde relour, viennenl battre ses rives soudainement dressées. De même, le brusque surgissement révolutionnaire ébtanlera au loin loules les passions, toutes les colères, toutes les espérances de la vaste mer paysanne dormante depuis des siècles: et l'énorme flot paysan viendra déferler sui· les rivages de la Révolution bourgeoise, leur jetant les débris du vieux système féodal. C'est le 4 mai que les députés des Étals Généraux se réunirent pour la première fois pour aller, processionnellement, entendre à l'église Saint Louis une messe du Saint Espril, célébrée par l'évêque de Nancy. Une foule énorme, accourue de Paris, contemplait au passage les brillants costume, des princea, la masse sombre et compacte des élus du Tiers vêtus de noir. Le lendemain, 5 mai, les députés furent convoqués, pour la première séance, dans la Salle des Menus, appelée Salle des Trois Ordres. C'était une grande pièce reclangulaire, qui pouvait contenir environ douze cents per- \

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