La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE sons, destinées à leur tour à subir l'influence inexorable du temps; mais une chose reste -et croît d'une manière incessante: la valeur du sol nu. L'hectare du terrain compris dans les vingt arrondissements de Paris valait en moyenne au treizième siècle 65 2 francs, mais on y comprenait tous les terrains agricoles et incultes; actuellement il vaut 1,297,000 francs. Le mctre carré a monté en six cents ans de six centimes et demi à r 30 francs, et les 1 30 francs actuels sont la moyenne des 4 ou 5 francs des arrondissements extérieurs et des 2,000 francs du centre. Quelques exemples donnes par M. d'Avenel rappellent par leur caractère presque légendaire l'histoire du quart <l'acre de la ville de Chicago. L'Hôtel-Dieu comptait parmi ses biens à la fin du quatorzième siècle ( 1380) une petite métairie nommée « les Porcherons » située non loin de la chaussée d'Antin. Sa surface était de 2 hectares 72 ares; elle se louait alors 300 francs, c'est-à-dire Yalait 9 centimes le metre carré. En 1399 la Yaleur du terrai 11 était de r 35 francs et en 1472 de 37 francs. Cinquante ans apres, en 1524, il était loué 39 francs et l'on y avait ajouté r hectare et 35 ares dans le quartier de la Madeleine. Ces 4 hectares qui Yaudraient aujourd'hui plus de 40 millions de francs, ne ren<laien t en 1 5 33 quc 40 francs et ne valaient par conséquent pas plus de 600 francs de capital. En I 55 2 ils s'étaient élevcs à r,900 francs, en 1646 à 25,400 francs, en 1767 à 64,000 francs, en rn5 à 260,000 francs. A la culture des potagers. avait succédé la construction des maisons, de là l'élan qui en avait poussé la Yaleur; tombée de 9 centimes en r 380, i un centime et <lemi le métre carré en 15 33, elle \'alait 54 centimes en r 646, 6 fr. 40 en r 77 5, r ,ooo francs finalement de nos jours. Le vicomte d' Avenel ajoute que ce sQnt là des exceptions infiniment rares, parce que tous les terrains de Paris ne sont pas à la proximité du boulevard des Italiens, <le la Madeleine ou du faubourg Montmartre; mais ils font voir d'une façon saisissante l'histoire presque fantastique du prix de ces aires priYilégiées, que la ciYilisation a choisies au milieu des champs pour en faire le centre principal de son activité et de ses plaisirs. Dans <les proportions moindres, l'accroissement de la valeur du sol urbain peut se Yérifier aussi sur les grandes masses; i Paris, !'Hôtel-Dieu possédait en r 5 29 un domaine <le 8 3 hectares Jans l'espace occupé aujourd'hui par les jardins du Luxembourg, <le l'Observatoire et des environs. Au quinzième siècle ce terrain valait 20,000 francs, au seizicme il était monté à 460,000 francs et aujourd'hui, en le calculant à 200 francs le métre, il représente un capital de 166 millions de francs. De même à Londres, Hyde-Park, acheté en 1652 par la Chambre des Communes pour 42 5,ooo francs, vaut aujourd'hui 200 millions de francs. M. d' Avenel, comme complément de ses études sur les prix et les loyers des maisons au Moyen-Age et aux

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