La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LES PLUS-VALUES HDIOBll.ll~RES jl Les contribuables se saignent aux quatre veines pour assainir et embellir la ville. Le Conseil municipal s'eflorce de faire de Paris l::i panne de la France· et l'admiration du monde. Rcsultat: les proprictaires s'enrichissent, les maisons augmentent de valeur, mais les logements deviennent plus chers. Plus le contribuable a fait de sacrifices, plus le locataire est frappé. Injuste et cruelle contradiction! Tout l'effort social aboutit à l':wgmentation des loyers. Cependant d'où vient la valeur toujours croissante d'un immeuble nrbain, sinon de l'activité sociale, de la multiplication des moyens de communication et du déYeloppement des travaux publics? Cette plusvalue toujours croissante, c'est la société qui la crce, mais c'est le propriétaire qui se l'attribue. \ M. Leroy-Beaulieu, lui-même, qui a évalué :\ n6 millions le montant global des loyers annuels de la propriété b:'\tie à Paris, a avou(· que « la propriété urbaine est une cause beaucoup plus_ intense d'inégalité sociale que la propriété rurale » et que, déduction faite de l'intérêt des capitaux engagés, « la part des rentes de la terre (telle qu'elle a été definie par Ricardo, Karl Marx et Henry George) dans les loyers des maisons est infiniment plus îorte que la part de la rente de la terre dans le produit brut du sol ». Autrement dit, la valeur actuelle de la propriété urbaine n'a pas été créée par son détenteur; elle est l'œuvre de la collectivité tout enticre qui n'en profite pas, et qui loin d'en profiter en soufl:re. La rente du sol est arrivée :'1 un taux exorbitant. Et qui donc a créé cette plus-Yalue? Qui donc? sinon les travaux d'utilité publique entrepris à l'aide d'emprunts considérables dont les contribuables paient les lourds arrérages aux rentiers, lesquels sont souvent ceux-là mêmes qui touchent déjà les rentes immobilicres. - C'est la une richesse sociale dans sa source et qui devrait être sociale dans sa desti.: nation. Le phénomène de l'augmentation du revenu urbain est d'une éYidence cristalline. Dans son Histoire éco11on-1iqudee la proprieté, des . salaires, des denrees et de tous les prix en genéral depuis l'a11nee 1200, le vicomte d'Avenel, tout en reconnaissant aYec joie que la propriété mobilicre fut l'éternelle victime des révolutions économiques, et que la proprieté fonciére rurale les a toutes traversées sans dommages, déclare que la propriété urbaine a été la grande privilégiée des temps modernes. Le type des habitations change avec le changement de la civilisation, les antiques constructions se minent lentement, et, a leur place, l'esprit d'entreprise ·construit de nouvelles et de plus belles maï-

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