LE CONGRÈS SOCIALISTE 741 socialiste, en tant que parti politique, évoluait à travers les schismes et les crises, tandis que de leur côté, les syndicats croissant en nombre et en puissance, pènétraient le monde capitaliste. Tous deux, parti politique et syndicats, à la rencontre d'événements et de faits imprévus, plus concluants qu'un syllogisme et plus éclatants qu'une formule lapidaire, prenaient conscience des réalités. Le parti socialiste, après des hésitations, des tàtonnements, des pudeurs feintes ou alarmées qui allèrent diminuant, à mesure que le succès grandissait, pénétrait dans le monde politique par la seule porte ouverte à son action, le suffrage uniYcrsel et ses combinaisons multiples. Au début, on ne fit aucune concession. Tou-3 les candidats professaient l'opinion exprimée par Zévaès au Congrès, à savoir : que la classe capitaliste formait un bloc irréductible, allant des radicaux de l'extrême-gauche jusqu'aux conservateurs de l'extrême-droite. Puis, on fit alliance avec les radicaux; finalement, sans abandonner le programme, on admit la possibilité d'ententes qui auraient fait dresser les cheYeux sur la tête aux révolutionnaires de 1878-80. Le tom, sans que certains renonçassent à la phraséologie révolutionnaire et ampoulée des premiers temps. On aYait jeté le corps, mais gardé la défroque. Ces modifications profondes, survenues dans le parti socialiste, rencontrèrent d'assez vives désapprobations dans les syndicats, particulièrement dans ceux qu'aYait pénétn'.: l'esprit révolutionnaire du début. Le principe de la lutte de classes, formule en des termes trop si111pleset en quelque sorte concrets, opposant l'ouvrier au bourgeois, la veste et le bourgeron à la redingote, nombre d'ouvriers l'avaient pris à la lettre et les prédisposait fort mal pour ks chefs de parti, quels qu'ils fussent, n'appartenant pas à la classe ouvricre. Les déclamations à l'adresse des « politiciens ii bourgeois ne tardèrent pas à se retourner contre les « politiciens i> socialistes eux-mêmes. Le mouvement syndical, à mesure qu'il se dèveloppait, s'écartait donc, non du socialisme, dont il se revendiquait, mais des partis socialistes, suspects de se laisser mener par des << politiciens ii et de se compromettre jour- .nellement en des arrangements avec les bourgeois. Pas de politique! ce cri devint en quelques années le mot de ralliement de nombreux syndicats et à l'action propagandiste de la politique révolutionnaire d'autrefois, ils substituèrent en ces derniers temps la propagande syndicale. Prenant encore à la lettre un autre aphorisme révolutionnaire repete par toutes les organisations socialistes et emprunté d'ailleurs à l'Internationale : << l'émancipation des travail.leurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes i>, le nouveau mouvement syndical s'éloignant de plus en plus de la politique, créait une sorte de socialisme ouvrier, un manuellisme dans le socialisme, hostile aux manifestations politiques, ·préoccupé surtout de la lutte à soutenir sur le
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