740 LA REVUE SOCIALISTE sous cette dénomination toutes les fractions socialistes aujourd'hui existantes (sauf les blanquistes) et qui sont issues de lui par voie de scissions successives. Le parti ouvrier de 1878 à 1885 fit de louables et fructueux efforts pour heiller dans les groupements corporatifs disséminés ça et là, la conscience de classe du prolétariat. Il élargit l'horizon des syndicats, initia leurs chefs à la doctrine socialiste et recruta de nombreux adeptes dans leurs rangs. Mais nous étions tous encore, à cette époque, imbus des traditions révolutionnaires et romantiques de la Commune et des mouYements insurrectionnels précédents. Que mes camarades de l'c'.:poque me permettent de le leur rappeler sans aucune intention d'acrimonie, nous étions restés, tout en prenant les formules de Marx comme bases de notre tactique et du but final à atteindre, des quarnnle-lJUita1·ds. On prêchait l'association et le groupement ouvrier, bien plus en vue de former des cadres pour une bataille très prochaine, qu'en vue de créer un grand parti organisé, pren,111t conctact aYec les réalités de la vie et des choses. Les gré\'es, le mou-vement syndical gui allait se développant sous l'influence de forces économiques pressantes et impérieuses n'entraient en compte, d.ans le mouvement socialiste d'alors, qu'à titre d'adjuYants au recrutement de l'armée révolutionnaire, tout comme le suffrage uniYersel et les périodes électorales offraient un terrain de propagande théorique commode, mais rien de plus. Le groupement syndical, pas plus que le groupement électoral ne pouYait apporter aucune amélioration, si minime fût-elle, aux conditions de travail et d'exploitation capitaliste régies par une double loi d'airain économique et politique en vertu de laquelle toute modification dans les conditions du travail et tout changement dans les institutions politiques devaient se retourner forcément contre la classe ouvrière. Seule, l'expropriation politique et économique, accomplie radicalement, « à coups de fusils», comme disait Guesde l'autre jour au Congrès, présentait un moyen sùr et efficace de libération définitiYe et très prochaine. On sait comment une première brêche se fit dans l'organisation rigide du parti ouYrier à Saint-Étienne. C'est le propre des groupements rigoristes naissants, de se fractionner à l'infini. L'émiettement des partisans d'une doctrine est en raison directe de l'étroitesse de ses bases et de la rigidité des formules dans lesquelles les sectaires prétendent à enfermer le développement d'une grande idée: Les sectes révolutionnaires furent, de tout temps, fertiles en scissions et excommunications majeures. Des rivalités de personnes amenèrent des divergences d'interprétation. On s'excommunia, comme les premiers chrétiens. Il y eut des orthoàoxes et des htn'.:tiques, se calomniant et s'injuriant à qui mieux mieux au nom des mêmes principes, torturés et dén:i.turés tour à tour pour J-s beso!ns- de la cause. Cependant le parti
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