La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

• LE CONGRÈS SOCIALISTE 739 Ll.'.danger de ces argumentations fortes, mais unilatérales, partant inexactes, parce qu'incomplètes, est d'ailleurs apparu au sein même du Congrès, quand les représentants de syndicats sont venus apporter à leur tour leur solution, non moins rigide et révolutionnaire que celle de Guesde et de \·ai'llant, bien que formulée autrement. Un mot rétrospectif sur les syndicats et l'esprit de leur delégation: Les syndicats représentés au Congrès étaient relatiwment peu nombreux et leurs délégués avaient parfois des mandats communs aux sociétés coopératiYes. Toutefois, il était à craindre qu'ils fussent encore en plus petit nombre, par suite de l'évolution survenue au cours de ces dix dernières années dans l'esprit des associations professionnelles. Au début de la propagande socialiste, de 1878 à 1890, les premiers adhérents à nos doctrines se recrutérent, les initiateurs, dans les rangs des jeunes bourgeois venus au socialisme par conversion scientifique, les adeptes parmi les survivants de la Commune et dans les S)'ndicats professionnels qui s'étaient organisés après la grande défaite. L'esprit de ces syndicats était assez timide. La répression formidable de I8ïI avait frappé la classe ouvrière d'une sorte de stupeur. Décapitee de son élite, la classe ouniére se reconstituait :'1 tâtons et ses groupements limitaient leur action aux possibilités d'améliorations immédiates compatibles avec l'ordre capitaliste. Ceux-ci reniaient - et les plus hardis _d'entre eux se taisaient - les moyens révolutionnaires qui aYaient si lamentablement échoué quelques années avant. De là l'antagonisme exist:rnt entre eux et ks débris des partrs politiques a\·ancés, l'.:crasés par la répression versaillaise. De Londres, les proscrits de la Commune fulminaient contre les associations ouvriéres qui rapetissaient la Rc'.:Yolution a une question de salaire ou d'heures de tr:l\'ail en moins. Les bbnquistes se signalérent entre tous dans les invcctiYes lancées à l'adresse de ceux qu'on appelait dl'.daigncusemcnt des « syndicaleux ». Les blanquistes d'ailleurs, quand fut fondé le parti socialiste proprement dit, sur les bases de la lutte de classes, répudiaient la tactique et la doctrine du jeune parti naissant, qu'ils accu- • saient d'ètre d'importation étrangère. A l'exception de \'aillant gui s'était nourri aux sources du socialisme allemand et qui ne devint que pl us tard le chef autorisé des blanquistes, les autres, Eudes, Granger, etc., se proclamaient simplement « communistes » et en étaient restés à la conception babouviste gui domina longtemps les préoccupations politiques et sociales de Blanqui, avec, comme moyen de réalisation, •l'agitation politique incessante, le recrutement d'hommes énergiques et résolus, prèts au coup de main opportun qui leur donnerait le pouvoir. Pendant cette première période, l'influence blanquiste sur les syndicats fut a peu près nulle. Il n'en fut pas de même du parti ouvrier qui alors comprenait

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