La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

73° LA REVUE SOCIALISTE dont les menacent les tribus restées sauvages ou !1omades. Mais à l'intérieur l'accord est dcn:nu moins instable, puisque les causes de désunion diminuent en nombre et en puissance. L'accord, pourrions-nous dire, en modifiant une remarque de Michel Chc\'alier, l'accord progresse un epi :1 la main. Au reste, les populations croissent encore. En effet, d'apres Foissac (cité par G. Roscher,Traité d'éco11onzireurale, p. 58), « :1surfaces égales, l'agriculture peut nourrir de vingt à trente fois plus d'hommes que l'élevage des nomades, et celui-ci Yingt fois plus que la chasse. On a compte aussi qu'il faut à un nomade, pour YiYre, de soixante-quinze à cent fois plus de terre (en pâturages) qu'à un cultivateur (en labour). Combien de guerres, ajoute Roscher, ont cté éYitécs par cc f::iit seul que l'agriculteur, quand de nouveaux colons Yiennent s'établir dans son voisinage, n'a géncralement pas à redouter cette concurrence, comme le chasseur et mème le nomade celle de leurs pareils ! » , Si une multiplication successiYc sur un territoire devenu trop restreint finit par faire naitre des compétitions nouvelles, le développement de la technique agricoic et des proccdés de mise en culture., {i'autrcs causes encore, qu'il serait facile d'énumérer, font échec aux tendances égoïstes qui peuvent compromettre l'harmonie sociale.<,C'est une grande vérité, dit G. Roscher (op. cil., p. 72), qu'on a appliqué le mot civilisation aux progrès ascendants de la culture. » La culture est en eflet la base del' économie sociale, dont les améliorations progresscn t avec elle. Mais aYec l'accroissement du capital alimentaire, il est possible d'entretenir les prisonniers de guerre et d'utiliser leur concours. Le massacre ::iprés la victoire ou le cannibalisme fait place à l'csclaYage (1), qui est plus ou moins dur selon les temps ou selon les peuples et qui est sans doute d'une part une forme de l'exploitation de l'homme par l'homme; mais tout n'est pas bénéfice pour l'exploiteur et perte pour l'exploité comme en période de cannibalisme et de massacre sans qu:utier, et de cc fait l'esclavage constitue encore une extension du domaine de l'accord pour Yi\TC. Pour d'autres causes encore la nécessité de la concorde deYicnt de plus en plus consciente entre indiYidus qui se reconnaissent de plus en plus indispensables les uns aux autres. L'art industriel en effet, très peu développé en période de nomadisme (2), grandit. Si on le dit plus jeune, surtout s'il s'agit d'in- (r) L'esclaYage n'existe pas chez les peuples chasseurs. L'autorité n'oserait confier à son personnel les armes néœssaires pour le mettre en mesure de pourvoir à sa subsistance, et il ne se soucie pas davantage de le nourrir à ses dépens, puisqu'il ne peut en recevoir aucun serYice. (Roscher, op. cil., p. 21.) (2) li va rarement au delà du travail en famille et de la mise en œuvre des matières bru:es du règne animal exclusivement. On a méme appelé le pays nomade p,tr excellence, l'Arabie, le zéro industriel du monde ancien. (Roscher, op. cil., p. 3ï-)

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