La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCTALISTE malgré l'augmentation des autres, on peut admettre que d'autres causes entravent ce développement. Quand on prétend que les progrès du bien-être ou de l'intelligence tendent ,\ rendre l'espèce moins féconde, on oublie que l'histoire entière donne un démenti décisif aux inductions tirées de quelques considérations individuelles et isolées. En admettant même que la ciYilisation diminuât la fécondité, elle multiplie aussi les chances de survie, en limitant sous de multiples influences les conflits meurtriers, c'est-à-dire en développant l'accord pour vivre, comme le prom·e le croît de la population civilisée sur un territoire de plus en plus réduit ou relativement égal en étendue à celui qu'occupe une tribu sauvage. La statistique a établi cette progression pour la France et pour d'autres pays ( rnir Moreau de Joanès). On peut en thèse générale l'affirmer des autres pays de l'Europe, de l'Amérique, de l'Australie civilisée, etc., quelle que soit la part qu'il faille réserver à l'immigration, à l'invasion, etc. Par l'ctude des âges que nous avons indiqués plus-haut, nous entrerons dans le domaine de l'histoire. Recherchons comment la coopération sociale dans l'accore! pour Yivre a eu facilité de grandir dans le passage de la période sauvage à la période pastorale ou agricole. Les premiéres tribus, ayons-nous dit, vivaient ici de la cueillette des fruits spontanés du sol (c'est l'état de nature, d'après Bourdeau, Co11q11ête du monde animal, p. 67), là des produits de la chasse ou de la pêche (c'est l'état proprement sauvage, d'aprés le même écrivain), ailleurs de cueillette, de chasse et de pêche à b. fois. Il leur fallait,pour se nourrir, d'énormes étendues de terrain. Lubbock a calculé qu'un Indien chasseur, par exemple, avait besoin de 793 acres (l'acre vaut 4,050 metres carrés) dans la r~gion nord-ouest des Etats-Unis, de 6,500 dans le territoin: de la baie d'Hudson et de 12,000 à 14,000 en Patagonie. Nous pouvons nous représenter les Primitifs à l'image des Indiens chasseurs et conclure que des centaines d'hectares ne suffisaient pas toujours à leur alimentation. On comprend sans peine que dans ces circonstances la vie des premiers hommes ait été une lutte continuelle et que l'accord n'ait été possible et durable d'ordinaire entre individus associés que par l'action coercitive d'une autorité despotique. Sous la pression des nécessités impérieuses de l'existence, ils étaient en effet portés à satisfaire leurs appétits au détriment les uns des autres. La vie pastorale (état barbare de Bourdeau, ibid.) succede-t-elle à la vie sauyage? On est parvenu à domestiquer (1) quelques-uns des animaux qui servaient à la nourriture; on les a réunis en troupeaux, on a veille à leur conservation et à leur reproduction. Ce fait est, par (1) La conquête du monde animal a été organisée la première parce qu'elle offrait le plus d'avantages et le moins d'ob~tacles. (Bourdeau, Co11q11édt1e1monde animal, p. 6.)

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