La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

L'É\'OLUTION DE L'ACCORD POUR LA VIE pléaient à l'absence de la sanction de la conscience, à l'absence d'une force morale suffisante pour que les individus s'abstinssent d'actes nuisibles, dont l'expérience ne leur a\'ait pas encore appris à reconn_aî~~e~es in7onv,éni_ents et les dangers ( 1). AYec le progrcs de la c1vtl1sa_t1on,c est-a-dire de l'accord, le droit répressif se réduit au contraire au bénéfice du droit coopératif. (V. Durkheim De la division du lrnvail social, p. 148 et suiv.) L'adoption à l'o;igine de procédés de coercition sévère et la prédominance des instincts d'insubordination et d'égoïsme se manifestant par le YOI, le pillage, le rapt ou le meurtre, ne prouYent pas que la cruerre est la loi des sociétés, puisque les premiers ont pour but d'e~ garantir l'harmonie et que les autres sont la négation du principe de l'organisation sociale. IV En compensant par l'association des forces l'insuffisance de l'initiative individuelle et la réglementation spontanée de leur mise en œuvre par l'autorité d'un gouvernement plus ou moins despotique, l'homme primitif peut entreprendre la conquête du monde animal et du globe terrestre. Mais les victoires successi\'es qu'il remporte développent e.n lui la conscience des effets utiles de la concorde, rendent plus facile pour les gouvernants l'exercice de leur fonction tutélaire et sans doute att~nuent la rigueur de la contrainte: C'est en (1) On a dit avec raison que la religion surtout a discipliné les premières sociétés humaines. " Chaque membre de la tribu croit, sous cette influence, que ses propres actions ou celles d'un autre membre, quel qu'il soit, lorsqu'elles sont de nature à porter malheur, peuvent causer du préjudice non seulement à celui qui commet l'action, mais à la tribu tout entière.» (Bagehot, op. cil., p. 155.) On reviendra ailleurs sur ce point. Si les croyants, les prophètes, les devins, les sorciers, les prêtres de toute sorte ont eu si longtemps et gardent encore une influence si prépondérante, c'est qu'ils étaient et sont considérés (et la crédulité des premiers hommes était corrélative de leur ignorance) comme recevant d'en haut la révélation de la meilleurè règle à suivre ou du parti le plus utile à prendre dans l'intérêt de tous. (Bagehot.) Leurs prescriptions tendaient a garantir la coopération sociale et ils n'édictaient de châtiments terribles que pour que personne ne songeât a enfreindre leurs lois. Que cette coopération imposée tournât aussi à leur profit, c'est chose indiscutable; mais elle tournait aussi au profit de la communauté et des individus dans la communauté. li n'en va pas autrement en période historique, à l'origine des cités ou des empires. (Code hébraïque, Code de Manou, Code étrusque, Code germanique, etc.) Ces dispositions s'adoucissent ou finissent par dispara;tre avec les progrès des mœurs, de la sanction de la conscience et surtout des causes qui les avaient fait prendre. Encore aujourd'hui relève-t-on, dit M. Bagehot (Ibid., p. 151 et suiv.), des traces de cette faiblesse superstitieuse. (V. aussi Du Boys, His/. d11Droit cri111i11ce/l,e{_les pwples modernes.) Ces survivances s'expliquent par ce fait que les mœurs des individus changent plus vite que les coutumes écrites et ~ussi parce que le P!ogrès des mœurs est d'abord celui d'une élite avant d'étre celui des masses.

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