ï22 LA REVUE SOCIALISTE cratique ou militaire, oligarchie religieuse, nobiliaire ou ploutocratique, aristocratie conquérante_, empire ou royauté dans l'Inde, en Chine, en Perse, en Égypte, en Judée, en Gréce et à Rome, durant tout le Moyen-Age et la plus grande partie des temps moderncs. /\lais elle perdra de siccle en siècle de son omnipotence, et sc:s din::rs priYiléges de\'iendront successivement autant de droits reconnus à l'initiativ<: individuelle, à mesure que la ciYilisation, modifiant les conditions Je la vie sociale, affranchira de plus en plus l'homme des fatalités qui l'oppriment et lui permettra d'a\'oir une conscience Je plus en plus claire <l~sa liberté et de l'ctroite solidarité qui l'unit à ses semblables. Les droits ou plutôt les désirs et les besoins de l'homme réfrcnés ou comprimés d'abord par le despotisme d'un chef ou d'une oliuarchi<: et parfois aussi au profit de l'une et de l'autre se déoa0 ent V ~ ~ au cours des :tges et réclament une part de plus en plus grande a l'élahoraticn du pacte social, et la Déclaration des droits en 1789 n'est pas tant, comme on l'a dit, la négation du sens historique de !\'.:\olution humaine que l'affirmation de la conscience enfin apparue des droits Je l'in<li\'idu posés en face des privilèges abusifs des souver.iins, des classes dominatrices ou conqucrantes, en un mot de l'État cn qui ils trou\·ent leur incarnation. l\lais allx temps primiti(s, l'autoritl'.. du chef ou de l'oligarchie dominante dresse les hommes et peut seule les dresser. Aussi ne saurait-il être question d'un contrat entre gou\'ernants et gou\'erncs. Les principes du contrat, dit Bagehot (up. cil., p. 32), sont incompatibles a\'ec lc: monde primitif, dont les passions ,·iolentes ne sont pas encore contenues ou guidées par des instincts acquis. Les di\'ers membres ou les di\·ers groupes de l'association sont soumis à des règles qui fixent leurs conditions particuli\'.:rcset régissent leurs rapports mutuels. Cette organisation, qui se Jl'.:sagr\'.:geen même temps qu'elle se modifie au cours des àgcs, constitue cc que Summer-Mainc appelle le régime de l'État. Le chef individuel ou collectif ne s'est donc pas imposé au troupeau uniquement par la force, la ruse ou la supercherie, mises en C.:U\Tt: pour exploiter la crédulité publique. Si la masse assujettie se fùt sentie capable de se diriger elle-même, elle n'eût pas subi longtemps l.t tutelle ou la contrainte du maître ou des maîtres qui la gouvernaient. Les masses sont d'ailleurs de tout temps plus ou moins ennemies <lu changement, misonéistes; elles ne se révoltent que lorsque le poids des charges qui pesent sur elles est trop lourd à leurs épaules; mais les révolutions sont, à nai dire, l'œuvre de minorités, que les foules suiYcnt, si elles y trouvent aYantage et si ces minorités triomphent, car en cas de défaite la défection ne se fait pas attendre. C'est donc surtout le besoin de protection qui poussa les premiers groupements humains i se donner un chef, ou plutôt à subir l'ascendant de celui
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