La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

L'Évou.:no~ DE L'ACCORD POUR LA VIE 721 voisin de l'animalitl'.: (r). li eùt fallu que nos ancêtres fussent autres qu'ils n'étaient pour pouvoir se passer de tutelle et de contrainte ou du moins discuter eux-mêmes et fixer apr~s entente toutes les conditions de l'activité sociale comme en l'espéce d'un contrat. Puisqu'ils ne le pouvaient pas, ils étaient plus assurés les uns et les· autres de vivre, avec un gouvernement, quelque despotique qu'il fût, que sans une réglementation des fonctions par une autoritl'.: quelconque. « A ces époques, dit Bagehot (Lois scient., p. 29), une régie mamaise valait mieux que l'absence de rc:gle. » On ne pouvait atteindre le but uniq.ue deî'association, savoir la conservation du groupe, que par la constitution d'un gouvernement autocratique soumettant toutes les actions de la vie à des prescriptiom uniformes. (Bagehot, ibid.) Il fallait obtenir que les membres du troupeau obéissent. Tel était le dessein qu.e poursuivait le chef. Aussi l'individu comptait peu. Il est certain qu'on lui imposait, autant qu'il était possible de le faire (et il n'en va pas autrement au cours des âges, mais à mesure que la ciYilisation progresse, les doléances ou les protestations de l'indiYidu sont mieux écoutées et mieux rriscs en considération), le sacrifice de ses prétentions personnelles aux nécessités de la défense de tous et de la vie en commun. Ce n'est pas que l'individu fùt en toute occurrence inapte à comprendre la solidarité des intérêts collectifs. Le chef avait souYent aussi en vue, nous l'avons dit, son seul profit. Il est vrai qu'il ne l'avouait pas erqu'il se prévalait surtout, même quand il le tondait, de sa fonction de pasteur de peuples, et de bonne heure il revêtait cette fonction d'un caractérc plus ou moins auguste ou mystérieux. Quoi qu'il en soit, les dangers <le toute sorte étaient trop pressants pour que la liberté pùt alors être la régie; la masse sociale n'était pas assez homogène et la conscience et la volonté sociales (2) n'étaient pas assez développées pour que l'initiative personnelle n'entrainât pas des inconvénients graves. L'autorité pouvait seule alors être juge de ce qu'il fallait faire ou ne pas faire, dit Bagehot. (Id.) Aussi disposaitelle en maitresse absolue des membres du troupeau, dont elle assumait la direction en vue de réaliser la paix fondée sur l'accord imposé pour vivre. En matiére de conduite et de relations intérieures ou étrangéres, elle décidera longtemps, sous ses diverses formes, despotisme théo- (r) On sait aujourd'hui que beaucoup de ces règles ::,·aient pour fondement l'utilité commune. Citons par exemple les dispositions concernant l'alimentation, l'hygiène, etc. On explique même par cette considération la coutume de l'a,·ortement, de l'infanticide, etc. ( 2) Nous entendons par là non pas une conscience et une volonté distinctes des consciences et des volontés particulii:res dans cet être qu'on appelle quelquefois l'être social mais un ensemble de manières ùe penser, de sentir et d'aspirations plus ou moin; communes à tous les individus d'une même société, et telles qu'elles font échec aux aspirations antiso~iales, c'est-à-dire purement égoïstes. \

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