La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

720 LA RE\'UE SOCIALISTE la guerre, les conditions dures et précaires de la conquête des aliments, l'obligation mèmc de tuer et de voler pour subvenir à ses divers besoins, entretiennent en lui l'égoïsme des impulsions antisociales. L'homme est bien alors trcs souvent un loup pour l'homme, un loup double'.:d'un renard. Et comment en serait-il autrement? Le loup ne reparaît-il pas encore dans le civilise'.:de notre époque et le renard n'est-il pas manifeste en lui, maigre'.: les formes doucereuses et polies dont il se parc? A plus forte raison, ·1e Primitif ne se rend pas suffisamment compte de la nécessité du respect mutuel, surtout quand il s'agit du butin aprcs la \'ictoire. D'ailleurs, l'exemple lui vient d'en haut. Le chef de la bande ou la classe dominante profite de l'autorité qui lui a étc'.:dévolue ou qu'il s'est arrogée pour prélever à son bénéfice une part léonine de la production sociale ou du butin conquis. Les annales des peuples barbares en offrent de nombreux exemples, et l'histoire est, en même temps qu'une illustration de la loi d'un accord plus ou moins consenti, la lutte des classes asservies contre l'autorité des chefs et des classes dominatrices ou conquérantes, la re\'endication des droits de libertc'.:individuelle et de justice sociale contre le despotisme et les privilèges des maîtres ou des oligarchies, et aussi le progrés, au cours de cette lutte, des prérogatives de la liberté individuelle et de l'équitable répartition des charges et des bénéfices dans la coopération sociale. En tous cas, il faut alors empêcher tout acte nuisible à !'association, ne serait-cc que pour la protéger contre les dissensions intestines qui l'affaiblissent en face des tribus concurrentes; il faut, au contraire, pour les mêmes raisons, susciter ou plutôt imposer d'une manière ou d'une autre la pratique des seuls actes qui peuvent perpétuer l'existence du troupeau. Le gouvernement a donc bien à l'origine pour attribution de réaliser en général l'accord pour la YÎe entre indi\'idus dont la majorité est incapable ou peu capable de se diriger elle-même, et il est en particulier une fonction de tutelle intérieure, plus ou moins despotique, selon que les compétitions risquent d'être plus ou moins fréquentes, mais nécessaire à des hommes à tous égards impuissants à subYenir aux exigences de l'existence sans nuire aux autres et aussi à eux-mêmes. Pour les mêmes raisons, cette tutelle est imposée. Elle a de bonne heure un code, écrit ou non, peu importe, qui embrasse tous les actes de la vie (r) et qui se compose d'un ensemble de régies, de coutumes, d'usages et de lois, sou\'Cnt imparfaits sans doute, mais d'autant plus utiles que l'homme est plus (1) Mémc en période historique, il en est ainsi. JI suflit de citer le Code de Manou, le Recueil de~ Rites de la Chine, etc. C'est bien lentement que le domaine des prescriptio:1s législatives se restreint.

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