La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE réduits « :lllx emplois difficiles et mal rétribués ». Si encore ils étaient faciles! M:iis pas du tout on leur laisse, ù ces malheureux, ce qui rapporte be:iucoup de peine et peu d'argent. Et naiment ces paunes antijuifs si désintéressés sont trop à plaindre, car enfin on ne peut pas leur demander d'être des anges. Par contre ils incarnent le type du « bon électeur » pour MM. Morin:iud et Marchal. Quelles sont donc les :ispirations de ces citoyens modeles? Sc résument-elles dans le seul article qu'on ose aujourd'hui :ipporter à la tribune du Parlement, dans l'abrogation du décret Crémieux? ÉYidcmment non, la suppression des droits électoraux ne résoudrait rien du tout, comme l'a très bien montre M. Barthou : Si les Israélites indigènes cessent d'être électeu·rs, leur enlèverez-vous la possibilité de faire le commerce, la banque, de prêter de l'argent? Non, vous ne le ferez pas. Alors, laissez-moi \'Ous dire que vous n'aurez pas résolu la question. La ,·érité, c'est qu'il y a derrière la porte, dans la coulisse, en Algérie, d'autres solutions et d'autres exigences qui attendent et que ceux-là qui viennent vous dire que l'abrogation du décret Crémieux constitue la n:,·endication de l'antisémitisme algérien, ceux-là ne vous disent qu'une partie de la Yérité, et il faut apporter ici la vérité tout entière. Ah! lù-bas, ils ne contestent pas qu'il y a autre chose qu'il faut FOursuine, demander, et même exiger, s'il le faut, par la menace et par le trouble. En 1898 il y a eu des programmes èlectoraux qui seront recueillis par une commission sp~ciale. Vous y verrez que certains députès algériens ont demandé l'abrogation du décret Crémieux, vous lirez dans les professions de foi que l'abrogation du décret Crèmieux semble être la seule· revendication ou la principale reYendication de l'antisémitisme algérien. Mais quel langage tenaient les candidats dans les réunions publiques algèriennes au moment où ils sollicitaiept les suffrages des électeurs? Et, par exemple, le 23 janvier 1898, dans cette réunion où M. Max Régis prenait la parole et disait qu'il était venu pour prêcher le calme, le moment n'étant pas venu encore d'arroser de sang jui[ l'arbre de liberté, l'un des plus ardents adeptes de l'antisémitisme algérien - c'est un a,·ocat, et j'emprunte cette citation à un journal qui n'est pas suspect : il défend l'antisémitisme et soutient ,·os revendications - disait : cc L'heure de la révolution a enfin sonné. Nous arriverons bientôt ù ce que nous voulons : non pas l'abolition du décret Crémieux, mais l'expulsion des Juifs. Ils ont osé relever la tête, il faut les écraser. cc Si j'avais été le maire d'Alger ou le maire de Mustapha, j'aurais licencié la police. » Il terminait en disant cc qu'aux prochaines élections il faudrait imposer aux candidats d'inscrire dans leur programme l'expulsion des Juifs ». (111 terrnptio1s1.) Que disait M. Pradelle, maire de Mustapha, l'un des plus ardents partisans de l'antisémitisme, que des raisons personnelles ont brouillé aujourd'hui avec les antisémites, mais peu importe les querelles d'aujourd'hui. En 1898 ils étaient tous d'accord, et M. Pradelle, dans cettG même rèunion, disait qu'après

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