La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA RE\TE SOCIALISTE qu'importe? Les choses de b m1scrc se supputent au tas; les êtres aussi ... Eh bien! monsieur Delage, si par la mise :\l'ordre de quelques cent ou mille exploiteurs de ces millions vivants, on pouYait une bonne fois sauver les quelques millions de lésés, leur rendre une part dans la yic, et la possession, la jouissance, le d_é\·eloppement libre et complet de leur personne; -- vous diriez de leur individualité, - croyez-vous que la vengeance del'« exaspéré», au bout du compte, ne se troun:- rait pas d'accord avec la logique du savant? Je l'avais écoute trés attentivement. - Vous confondez deux thèses contradictoires, répondis-je aYec douceur. La vengeance n'est pas un argument. La colère est une semence stérile. II faudrait partir de l'absolu pour trouYer dans YOtre conception de réforme une règle ou un souci de justice. Or, il est évident que l'absolu ne vous a pas fourni YOtrc point de départ. Yos griefs sont bien connus. Ce n'est pas un blâme que j'exprime. Le lieu commun est une force; il atteste la survivance des vérités éprom·ées. La logique clic-même a Yicilli aYec l'univers. La raison veut qu'on tire des conclusions neuves de prémisses en apparence épuisées. Vous êtes loin, mon ami, de ces rémwations. \'otrc conception est aussi surannée que b société. La destruction vi_olente a toujours chemine de pair aYec les civilisations. Or, les civilisations subsistent, telles quelles. C'est donc que la violence est hors de la logique de l'action. Erostrate raisonnait comme vous. Les temples se sont rebâtis. Mais vous ne connaissez ni Erostrate, ni l'histoire. Et c'est pourquoi YOUSaboutissez au suicide, par une fausse application de la logique, dont les séries vous sont inconnues. - Il est temps de rentrer et de dormir. Bonsoir, dis-je, en touchant le bord de mon chapeau. Blancf1et, machinalement, tournait sa casquette entre ses dix doigts. - Ne pourrai-je pas vous rernir? fit-il aYcc une sorte de timidité, honteuse et bourrue. Je lui donnai.mon adresse. Ainsi, par un soir d'hiver, :w cours d'une de ces flâneries où le hasard guide le noctambule, se nouèrent mes relations de camarade avec Cyprien Blanchet. * * * Ni moralement, ni intcllectuellcment, Blanchet n'était supérieur ù l::t moyenne de ces traYaillcurs, patients ou réfractaires, avec qui j'aime à m'entretenir, pour élargir ou compléter l'enquête de toute ma vie sur la psychologie de mon temps. Son histoire n'était que l'éternelle histoire de l'ouvrier frondcu r, molesté, révolté, chassé, ou errant d'un atelier à l'autre, affamé par les chèrnages, comptable d'autres

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==