La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE contenue dans l'hypothése par l'expcriencè, et gardée par l'analyse des gcncralisations précipitées, - la scienc~ patiente et labori;use poursuivait ses recherches partielles sur la vie, remontait de l'espèce au germe, ctudiait l'origine de la pensce, luttait contre la mort par les progrcs de l'embryologie, et, par les découyertes de la chimie, mettait le pouvoir réel aux mains <le l'individu. Ainsi, la poussée obscure des cnergies riYantes Yers la dissociation des forces se combinait finalement avec la tendance des esprits et l'ensemble des vérités den.nies par la science. L'évolu.tion naturelle aboutissait à la prépondérance de l'individu. L'actiYitc humaine, maîtresse de soi, suivait sa Yoie logique et nécessaire. Les conn1lsions sociales, les crises, les guerres, les persécutions, les rcYoltes sanglantes et les rcpressions criminelles n'étaient plus que la conséquence extrême des oppositions souleYées par l'errl'ur sociale. Fondces sur l'oppression de l'individu et le drainage des forces par les collectivités, les sociétés préselltes étaie:,t jugées par le Yice originel de leur formation, convaincues de rebellion contre la loi naturelle, et condamnées à disparaitre par la logique infrangible <les idées. J'ai employ6 à classer ces formules des années d'observation régulicre et d'un traYail persév6rant; puis, la besogne achevée, je suis mont6 sur la A<'.'.chdee ma tour solitaire, et je n'ai YUque de !'incertain et de la nuit autour de moi. Et je compris alors que je n'ayais rien fiili, rien détermine, peut- [tre rien fait. Rien n'était decisif. .\ quoi me sen·aient ces formules, polies et pures comme le marbre, que jt.: ne savais pas réduire à l'application? ]'anis travaillé; c'6tait bien; apr<'.'.s?Où aYais-je abouti? Quel était le fruit de si longues semailles? A quel usage pouYais-je l'appliquer, l'instrument durement forge par vingt années de tête-à-tête ayec ma raison? Une voix m'a dit: - A l'action. * * * C'est par un so11·d'hiver que je fis Li connaissance de Cyprien Blanchet. Il n'était pas minuit. Le gaz flambait, d'un eclat sec, dans l'air pétillant de gelée blanche. Les faubourgs grouillaient de gestes et de tumulte. Dans la mobile clart6 d'une rampe lumineuse, une s:illc de r6unions publiques d6gorgeait en masses roulantes, secouces de brusques frissons, une population brùlce de fi<'.'.vreet de soif. Je m'arrêtai sur le trottoir appas~. Un homme Yint à moi, en Yeston de traYail, les mains dans ses poches.

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