(,66 LA REVUE SOCIALISTE Je me battis comme on se b.mait alors, avec une rage bête et haineuse, et le dt'.:sirdu mal, et k dt'.:sirsauvage de venger cc qu'on ne pouvait plus défendre. Ah! monsieur! q1.,ede haine, que de meurtres stupidement perpétrés, non pas même pour affaiblir, mais pour tirer des l.nmes ! quelle fureur, quelle s:1uvagerie, quels chocs de brutes entre le défenseur innocent du sol et l'agresseur, irresponsable de son ;1gression... Je n'ai raisonné que plus tard sur ces événements. Les instruments n'assumaient ni la faute ni la ,·olonté du crime. Ces deux :1rmt'.:csn'étaient que deux appareils lancés par la cupidité, l'ambition et le lucre. Je n't'.:tais, moi, qu'une dent du vaste mécanisme, et je remplissais mon office Je chose :i broyer la chair et a déchiqueter, à rouler en pelote de houe des cerveaux où s'claborait le pr~cicux trav:1il de la raison. Je conçus un premier soupçon de la vérité sur le lit d'ambulance où me cloua, quelques semaines, une balle reçue dans une échauflourée d';ivant-postes, i\b blessure était sans graYitc. La fiéne, très bénigne, me laiss,1 le temps de voir et d'entendre cc qui se passait autour de moi. Un chœur de hurlements montait de cet hôpital vers le ciel, à l'heure cks pansements, le soir des combats. Les intervalles de silence n'étaient que des heures d'épuisement; puis, parfois, la mort irnpos:1it le brutal repos du ne:1nt à la pbintc opini.îtrc d'un torture. Les mots se dt'.:sorientaient au choc des tonudes sociales. L'obéissance et le meurtre s'appelaient également: ht'.:roïsme. La mort, seule, ni,·cl.iit tout. Deux infirmiers enlevaient une forme qui avait tué, le matin, \.111smotif, et n'ét:1it plus, le soir, L]U'uncadavre, sans r:1ison.. \lors, par del.'t le concert de s:1nglots et de clameurs qui, de l'.1111bulance, 111ont:1ditans J'espace et se déchirait, dans les plaines envahies, som le fouet du vent, je percevais l'immense lamentation des femmes, des orphelins, des rnéres, qui s'encapuchonn:1ient de deuil sur les deux bords d'une abstrnction marquée du mot: FHO:-:n,~HE ... Je retournai me battre sitèt que je fus guéri. Ce n'était pas l'heure des raisonnements liés. J'étais encore à l'âge où la peur dç paraître Lîche inspire un courage excessif. :\!a conscience hhîmait silencieusement ma témérité; mon sabre tournoyait comme un hochet; le métal tintait avec un bruit de grelots, et je m'imaginais « faire mes preuves» ... La fin de la guerre me trou,·:1 réduit à un état de fureur morbide et amère. L'anxiété de la défaite troublait cc qui me rest:1it encore de libre, dans les facultcs de raisonnement et de perception. L'immense iniquité <le la \'ictoire rctomb:1it sur tout individu \'ictoricux. Les fronticres ne m'apparaissaient plus comme des abstractions. J'aurais encore pleuré de douleur et de pitié, mais c'était sur le \'iol de nos limites débordées p:1r l'in\'asion. Je concev:1is l'amour de cc sol où traînaient mes pieds meurtris
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