MA COXFESSIOX, P_AR U~ ANARCHISTE par les étapes de la retraite. Et j'aurais recommencé à tuer, pour venger une entité sur des inconsciences. Le meurtre me fut imposé comme un nouveau devoir. C'étaient des Français, cette fois, qu'il fallait massacrer. La civilisation semblait prendre à se détruire une sorte de volupté idiote et licencieuse. Après le duel entre nations, il v aYait carn::iae entre compatriotes entre conJ t') ' disciples, entre camar::ides. La so.:iétè se condamnait elle-m(mc. Toutes les notions du juste s'entrechoquaient. De part et d'autre, on alléguait des lois imprescriptibles. Les principes claquaient comme des balles. On attestait les droits de l'homme. On se canonnait en adorant l'humanité ... Société, socialisme, que de crimes commis en votre nom! Je fus décoré pour cette campagne contre la Commune. Même à l'âge des rubans, je me suis abstenu de porter cet insigne appliqué sur mon épaule comme une marque. J'avais èté promu, par une série _d'aYancements, aux fonctions de sous-lieutenant pendant la guerre franco-allema.nde. La commission des grades me remit sous-officier. J'avais pensé à conserYer mon épaulette. C'était une forme de suicide par anéantissement du moi. J'étais si las de corps et d'esprit, avant vingt ans, que le cœur me manquait à l'idèe de recommencer ma vie. Une décision prise autour d'un tapis vert, sur les chances que j'aurais eu de mourir pratiquement au feu, par quelques vieillards qui ne me corrnaissaient que pour le fils d'un fonctionnaire fidcle au gouYernement déchu, me rendit malgré moi-même à la liberté. * * * Mon premier acte fut de rejoindre mes frères. Je n'étais pas majeur. Nous avions perdu notre père, aYant le second blocus de Paris. La chute du rt'gime qu'il avait servi, le souci d'une situation compromise, les bouleversements de la ,•ie nationale et individuelle, l'inaction des prétoires, l'éloi.gnement de trois fils, avaient frappé durement un cœur resté touché depuis la mort de ma mère. Pendant le siège, qu'il avait tenu à subir, par une conception sévère de son devoir civique, mon père avait passé plusieurs mois sans nouvelles des camps. Ce silence le tua probablement. Peu de jours après l'armistice, il succombait aux fatigues, aux privations, à l'inquiétude, à la douleur, et, peut-être, à la joie violente de nous retrouver. Ainsi, nous perdions notre père par le conflit insensé de deux peuples · trompés par les incitations de deux gouYernements, de quelques ambitions, et de certaines médiocrités, affolées par le goût du clinquant. Notre situation était assez difficile. Mon père n'avait pas de fortune. Il vivait à peine de son traitement. Une épidémie de luxe dévorait une bourgeoisie rejetée par la tactique impériale sur des jouissances
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