LE RÈVE DE PIERRE DAVANT 57 au bout d'une galerie, d'où il reYint un instant après les bras chargés de tromblons blancs absolument semblables de forme et de nuance· à celui du vieillard.' Celui-ci en eut vite trouvé un à sa mesure et à sa convenance. - Pourriez-vous en àter la ganse et la remplacer par celle-ci? demanda-t-il au jeune homme. - Rien de plus facile, répondit Darly. Il allait s'élancer, muni de la ganse à triple liseré, quand il s'arrêta. - Avez-Yous déjeuné? demanda-t-il à Pierre. Non? Eh bien, faites-moi le plaisir, vous et vos amis ... Je parie que ni vous ni ces citoyens ne connaissez notre réfectoire .... Vous sawz, c'est l'orgueil de la maison ... C'est dit, vous acceptez. Et, sans attendre la réponse, il disparut. Le pape semblait en proie à une vive préoccupation. Tlcontemplait cet amoncellement de chapeaux avec une curiosité qui se peignait sur sa physionomie, d'ordinaire muette ou plutàt méditative. A ce moment, une petite vieille qui trottinait dans la foule s'arrêta devant lui, fit une révérence de cour. - Saint-Pére, dit-elle d'une voix implorante, bénissez-moi. Le pape sursauta, abaissa ses regards et aperçut la Yieille femme qui se tenait devant lui dans une attitude de prosternement. - Saint-Père, répéta-elle, bénissez-moi ! Le pape étendit sur cette tête inclinée sa main tremblante, qu'il abaissa ensuite. La vieille dame baisa respectueusement le doigt qui tenait jadis l'anneau du pécheur, se releYa, s'inclina encore, et se perdit dans la foule. - Une des fidéles de la véritable Église, dit le vieillard. - Vous la connaissez? interrogea Pierre. - Oui, c'est la duchesse de Luxembourg. Elle est ma vo1s111e de chambre à Sainte-Périne. - Sainte-Périne, -vous entendez! murmura Lagaline à l'oreille de Frizet. Le voilà, le beau régime social que vous admirez tant. Jadis, les pauvres peuplaient les hospices; aujourd'hui, ce sont les duchesses et les papes. . - li faut pourtant bien que les célibataires âgés ou infirmes reçoivent quelque part les soins qui leur sont nécessaires . . - D'accord. Mais pourquoi tolérer que certains de ces hospices aient gardé l'enseigne religieuse et conserYé l'organisation cléricale des temps disparus. - Comment, s'écria Frizet, c'est Yous, un partisan de la.liberté absolue, qui parlez ainsi! Ignorez-vous que les vestiges de foi religieuse qui subsistent encore ont droit au même respect de notre part que les recherches inquiètes de la science et de la philosophie? Nous
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==