La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

LA RE\'CE SOCIALISTE - Les chapeaux sont au sommet de la maison, dit-il en riant. - Comme ils sont au sommet de l'individu, fit le pape. C'est pourquoi je porte à mon chapeau l'unique signe extfrieur que j'aie conservé de la puissance pontificale. Et, montrant les débris de son cou ne-chef, il ajouta : - Ce triple liseré jaune, Yoilatout ce qui reste de la resplendissante tiare des Grégoire VII et des Innocent X. lis étaient arrivés au rayon des chapeaux. Autour d'une masse d'acheteurs et de Yisiteurs, tourbillonnait un essaim d'employés des deux sexes dans une salle sp,1cieuse et de forme élégante oü étaient réunies toutes les Yariétés de coiffures masculines imaginables. Pierre happa un jeune homme qui semblait quêter de l'occupation et, celuici s'étant retourné, notre ami poussa un cri de joie. - Comment, c'est vous Darly ! - Pierre Davant ! s'écria ['interpellé. - \'ous aYezquitté la médecine? - Oui. Je n'ai pu résister aux fatigues de cette profession, répondit Darly. Et, surtout, je Yivais dans une angoisse continuelle. Le malade dont je venais de quitter le chevet me suiYait au chevet du malade suiYant, et mon diagnostic sur celui-ci était troublé par le scrupule du diagnostic incomplet ou erroné sur celui-là. Au bout de ma journée, j'a\'ais collectionné ainsi les scrupules, et mes clients me hantaient au point que, ne pouvant trom·er repos ni sommeil, je courais toute la nuit et refaisais mes ,·i!>itesde la journée. Finalement, je serais deYenu plus malade qu'eux tous. Ici, dans cette acti,·ité purement mécanique, sans autre souci que celui du moment, je me refais des muscles et je calme mes nerfs . .Maisceci est provisoire, et mes longues études médicales ne m'auront pas été inutiles. Je sais combien de maladies sont engendrées par une coiffure défectueuse. J'attends mes Yacances sans impatience. En réalite, comme j'aurai pris ici le repos qui m'était nécessaire, je pourrai les employer utilement. La direction du magasin m'autorisera, je l'espère, ,\ passer quelques semaines dans une de ses manufactures de chapeaux. Dès que je serai au fait de la fabrication, j'essaierai d'y introduire des modifications et de donner au public des chapeaux un peu plus hygiéniques que ceux qu'il porte aujourd'hui. Avisant le pape, qui lui tendait son chapeau après en avoir soigneusemc:nt cnlcYé la ganse à triple liseré jaune, Darly ajouta : -· SaYez-Yous, citoyen, qu'en dépit du pseudo-ventilateur qui est adapté à votre chapeau, Yous emmagasinez sur YOtre crâne une chaleur qui ,•arie de trente ù quarante-cinq degrés centigrades? Le pape ne parut pas ému de cette constatation. Le jeune homme, voyant qu'il perdrait son temps a lui donner le souci de l'hygicne, se hissa au sommet d'une echelle à roulettes qui le transporta aussitôt

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