58 LA REVUE SOCIALISTE laissons mourir en paix cc qui fot, tout comme nous protégeons le berceau de ce qui sera. Pouvait-on refuser aux fidèles des antiques croyances tombés à la charge du public d'utiliser k déYouement de leurs religieuses? Juifs, protestants, catholiques des divers schismes ont ainsi leurs hospices où ils achèvent de Yivre dans la foi où ils naquirent. Allez-vous contraindn.: des vieillards, des femmes d'esprit faible, a ·renoncer aux rêves que nous jugeons absurdes, mais qui leur donnent des joies dont il serait cruel de les priver? Le pape aYait relcn'.: la tête Ycrs les chapeaux. Cet amas incalculable d'échantillons le stupéfiait. Il y avait là toutes ks formes, toutes les substances et toutes les couleurs imaginables. Pierre devina sa préoccupation. - Vous deYez accuser le syndicat des chapeliers de gaspillage? - C'était, en effet, ma pensce, aYoua le pape. Pourquoi entasser une :rnssi incroyable quantité de chapeaux si divers? Les caprices des peuples sont si changeants, soupira-t-il. Aujourd'hui, c'est telle religion qui est à la mode, et aussi tel chapeau. Demain une autre religion et un autre chapeau les auront démodés. Ce que je Yois ici ressemble plutôt à un musée de la coiffure qu'à un magasin de chapellerie. Darly, qui rapportait le chapeau neuf orné de la ganse papale à triple liseré jaune, eut un mouYement de surprise, comme s'il se fùr trouvé en prcsencc: d'un animal de la période quaternaire. - Ignorez-vous donc, citoyen, fit-il en souriant, que la mode et ses caprices, désespoir des fabricants et des marchands de jadis, ont absolument disparu, au sens oü on les entendait alors. La mode étaitelle aux chapeaux-cloches, tous, grands et petits, gras et maigres, absaloniens et chauYes, crepus et frise-à-plat portaient des chapeauxcloches, avec une serYilite dont s'affolaient les fabricants et les marchands de chapeaux-melons. Pour les modes féminines, c'ctait bien pis : une femme au long long col décharné était-elle en situation, reine ou actrice, de donner le ton, on voyait ks courtaudes dont les seins fraternisent avec le menton s'entourer le bourrelet de graisse qui leur servait de cou d'une haute fraise de dentelles, dans le fouillis desquelles on distinguait leurs yeux a grand'peine. Et ainsi du reste. Aujourd'hui, chacun a sa mode propre, s'habille et se coifle à son gre, selon son esthétique ou ses aises comprises à sa manière. En maticre de vêtement, l'indiYidualité, abolie naguère par la mode, a surgi dans sa plenitude. Et voilà pourquoi nos magasins sont des musées. Mais, Yoici l'heure, allons déjeuner. EL'GÈNE FOURNIERE. (A suivre.)
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==