La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

MOUVEMEXT SOCIAL entendez, je travaille à l'usine et je n'en suis sorti qu'il y a deux mois quand j'ai constaté que ma fonction de secrétaire du syndicat, fondé en juin dernier, était suffisante pour absorber tous mes instants. Les camarades m'ont euxmêmes engagé à quitter l'atelier et à me consacrer uniquement à la gestion de leur groupement. Ils m'ont pour cela alloué une indemnité mensuelle. \' oilà exactement racontés. les motifs de la grève et mon r6le en cette affaire. Maiptenant, la lutte est engagée, nous ne céderons pas. Depuis la fin de la première grève, les ouvriers affiliés au syndicat étaient malmenés par les contremaîtres. A chaque instant, ils leur disaient, ponctuant une injustice commise par eux: « Tiens, va raconter cela à ton syndicat ! On l':!platira ton syndicat ! )) Non content de les molester, on rognait leur salaire. Le régime du marchandage qui règne au Creusot, en allouant à l'ouvrier à fin d'exécution d'un travail une prime fixée pour chacun par le contremaître, favorise l'injustice. D'une manière générale, les ouvriers syndiqués, bien qu'ils fussent la majorité, environ 7,000 sur 9,000, étaient lésés dans leurs intérêts. De plus, le système d'oppression avait été remis en vigueur. La police de l'usine reconstituée et accrue dressait des listes de suspects. Nous avons pu nous ·en procurer une. En face du nom de braves ouvriers, de bons camarades, qui ont peut-être comme moi le tort de ne pas fréquenter l'église et d'avoir une libre opinion politique, se lisait des mentions comme celle-ci : « Dangereux; à surveiller, etc. )) Tout cela présageait des coupes sombres. Nous nous sommes révoltés, à la première injustice. Nous nous sommes cabrés, dès le premier coup de fouet. Nous ne nous en repentons pas et nous lutterons jusqu'à ce que nous ayons substitué au régime féodal du Creusot le règne de la justice et de la liberté. Quant à l'échec de toutes les ncgociations entamées entre M. Schneider et ses.ouvriers, M. Montalban a explique dans le journal Le Petit Bleu que ces échecs ne devaient pas surprendre, car la direction de l'usine ne tient pas du tout à la reprise du travail! En effet, il y a déjà longtemps que la forge, le puddlage et les hauts-fourneaux du Creusot ne rapportent pas des bénéfices proportionnels aux dépenses qu'ils occasionnent. Le minerai de fer n'arrive au Creusot qu'avec un excédent de droits de transport qui grèvent la fabrication et la niettent en état d'infériorité Yis-à-vis des usines riYales. D'autre part, le minerai recueilli dans le pays se fait rare, et la mine appartenant à la sociétl du Creusot, et qui se trouYe à quatre kilométres de la ville, sera épuisce l'année prochaine. Or, la compagnie a commencé la construction, à Cette, d'une usine qui lui permettra de traiter à trés bon marché les minerais de fer apportés d' Algérie, avec un fr~t trés boq marché et, par cela même, elle rcalisera d'énormes bénéfices. Mais M. Schneider ne pouvait, du jour au lendemain, mettre sur le pavé les trois ou quatre mille ouvri~rs e~11ploy~s au traitement du fer. li cherchait donc un moyen qui lm permit d'éliminer progressivement telle ou telle section de l'usine, lorsque est

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