La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

600 LA RE\'liE SOCIALISTE conséquences pratiques. D'abord ceux qui croient que nous n'aYons rien ù faire dans cette Société que d'attendre sa chute définitive aux chants de la Carmagnole et aux cris de « ViYela Révolution sociale! » doiYent bien reconnaitre que la question est un peu plus compliquée, que notre Société, si pourrie soit-elle dans ses bases, contient encore assez d'éléments de résistance et de Yie pour que nous puissions en finir :-ivecelle d'un coup. Le prolétariat ne forme qu'une minorit~ de la société. Cc fait à lui seul nous dicte notre devoir. Le prolétariat est notre premier combattant, le plus décisif, le plus énergique, le plus intéressé dans b révolution à Ycnir. Mais il n'est pas le seul. Nous avons pour devoir de lui assimiler tous les autres éléments de la société qui ne sont pas intéressés directement à son exploitation. Notre socialisme par là deYient hunuin sans cesser d'être révolutionnaire. Autre conclusion pratique. Nous ne pouYons pas assister impassibles :\ l'œu\'re ncfaste et démoralisatrice de la société capitaliste qui nous menace, si on lui en laisse la possibilité, de faire dcgénérer et d'abêtir les masses populaires par le nationalisme et le militarisme. Nous lui devons arracher, lambeau par lambeau, toutes les améliorations possibles. ~ous ne pouvons pas, pour cela, attendre le jour du reglement de compte définitit. Nous avons à· purifier dans la mesure du possible l'air empesté du régime actuel, afin que le peuple ne soit pas asphyxié avant de pouvoir entrer dans le monde socialiste. Aucun élément de notre société qui peut nous être utile ne doit être dedaigné. Tous ceux qui souffrent dans leur dignité intellectuelle ou morale dans notre société et qui consentent à C:tre de bons soldats socialistes doiYent trouver leur place dans notre armée à côté du prolétariat militant. L'habit ne fait pas le moine. La blouse ne fait pas le socialiste comme le chapeau h:-iutde forme ne fait pas encore le bourgeois. Il y a encore bien d'indifférence pour la lutte socialiste dans les milieux ouvriers tout comme on peut provoquer un véritable enthousiasme, une fidélité inébranlable aux principes socialistes chez les intellectuels. Tous ceux qui [,dhèrent franchement et sincèrement aux reYendications socialistes du prolétariat doivent être salués par nous avec joie. Ils sont les garants de notre victoire. L'évolution économique à elle seule ne suffit pas pour nous la donner. Le prolétariat seul, en le supposant même éclairé et prêt à liner bataille, ne peut triompher definitivement qu'en faisant de la cause de la société tout entiére sa propre cause, comme l'ont fait pendant la Révolution, non sans succcs, les ideologues de la bourgeois;e triomphante, à cette difference près que, cette fois, les intérêts du prolétariat et de la société sont identiques.

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