IDÉES ET FAITS SOCIALISTES 593 l'usage, c'est le problème de l'opportunisme. C'est peut-être le problème le plus important de notre époque de transition. Disons tout de suite qu'il y a opportunisme et opportunisme. Il y a un opportunisme honnête et sincère, celui qui s'attache à la recherche des moyens pratiques par lesquels se réaliseront les idées et les principes, par lesquels l'idèal s'adaptera, sans se déformer, ù la réalité quotidienne de la vie. Cet opportunisme sain et nécessaire n'est pas inspiré par la peur d'effaroucher les intérêts d'une classe égoïste qui tient coùte que coùte à l'ancien ordre des choses. Il n'est pas le résultat non plus d'une étroitesse de vues sur l'avenir et l'évolution historique qui le prépare. On ne peut pas le qualifit:r davantage comme le fruit pourri d'un tempérament débile, lâche, inapte :'t la lutte, à la grande lutte pour un idéal général et gcnéreux. Le« divin Platon >> lui-même, le père de l'idéalisme le plus pur qui ait jamais existé, en opposant la réalité aux idées pures qui ne se réalisent dans les choses de ce monde que très incomplètement, n'at-il pas avoué par L't que les transactions entre l'idée et la 1·éalité sont •souvent inévitables? Ou mieux encore. N'a-t-il pas fait lui-même de l'opportunisme à la cour de Syracuse quand il s'agissait pour lui de réaliser ses rêves? Et, pour ne pas remonter trop loin, ne voyons-nous pas :'t chaque moment de notre vie indiYiduelle et sociak, la nécessité « de transiger», la cruelle nécessité d'être cc qu'on appelle opportuniste. Dans cc sens, Bebel avait absolument raison en proclamant que « nous sommes tous <les opportunistes». Au risque de déplaii-e aux opportunistes bourgeois qui ont si peu de respect pour leurs propres principes qu'ils Youent au mépris public les socialistes qui les appl-iquent, nous disons que oui, nou, sommes opportunistes, parce que opportunisme dans le sens que nous lui donnons ne veut dire que ceci : la recbercbedes 111oye1p1rsatiques et accessiblesde réaliser ejfeclivemeut u11 idéal social rnpérieur, 111s1ystè111dee tra1oactionsnécessairespour faire de l'idée socialiste1111reéalité vivante. :-fous preférons en somme être redoutés et par conséquent, malgré des clameurs contraires, respectés par nos adYersaires que nous combattons avec un succés toujours croissant, que servir de cible à leur ironie comme << rêYeurs >> impuissants et sans influence dans les grands combats politiques et sociaux. Nous ayons même la naïveté <le soupçonner que nos adversaires rient jaune en raillant notre opportunisme. Un grand journal bourgeois n'a-t-il pas dcclare il y a peu de temps que les « modérés » du socialisme sont encore plus dangereux que les « enragés » pour l'ordre qu'il est intéressé à croire éternel. En définitive, nous ne sommes pas socialistes pour plaire à nos adYersaires, et nous n'envisageons les questions- de notre tactique qu'au point de vue de l'intérêt
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