La Revue socialiste - 1899 - Tome XXX- vol 02

592 LA REVUE SOCIALISTE Il est absurde de croire que Bernstein, un des chefs du parti socialiste allemand, un de ses théoriciens les mieux écoutés, aurait cédé à un misérable intérêt personnel ou d'amour-propre, en provoquant la mêlée actuelle, en allumant avec son livre la torche de la guerre civile dans les rangs de son parti, s'attirant de telles inimitiés et de telles colères parmi les camarades et les Yieux amis auxquels le liait le long passé d'une vie de luttes communes, au point qu'il s'est trouvé parmi eux des écrivains pour le flétrir de l'épithète d'apostat; et, tandis que les réactionnaires l'embarrassaient de leurs éloges compromettants, nombre de ses cam~rades d'antan se demandaient s'il n'y avait pas lieu de l'exclure ... Nous écartons énergiquement cette absurdité. Bernstein, aYaflt de publier son livre - cela est [vident- a eu une terrible lutte intfaièure à subir. Tout prouve qu'il ne s'est décidé à cette publication que malgré lui, à contre-cœur, en partie sur les instances de ceux de ses amis qui le combattent actuellement et qui, en le combattant, ne font d'ailleurs que leur devoir d'hommes convaincus. Pour Bernstein, la question de reYision de quelques theories et principes socialistes ne rouvait se présenter que comme une affaire de conscience et, répétons-le, de simple probité intellectuelle. C'était un devoir de conscience d'autant plus douloureux i remplir pour lui, qu'il savait qu'il allait se trouver placé à la fois en face de coreligionnaires de la veille et des idees mêmes qu'avec eux il propageait aYant que lui apparut l'irrésistible nécessité de les amender et de les compléter. C'est pourquoi nous le croyons sans di(ficulté quand il déclare dans son line: Die Vornusset-:;_ungdeeus Socialismus 1111die Aufgaben der Socialde111ocratie, qu'il était assez embarrasst'.: pour écrire certains chapitres. Et le reproche amer que lui a fait Bebel au congrès de Hanone d'avoir sacrifié aux considérations intimes d'un sentiment de piété envers Marx et Engels les intérêts de ce qu'il croit maintenant la vérité theoriq ue et pratique, nous paraît trop cruel pour que nous y insistions. I I Bernstein a été amené à la pos1t10n qu'il occupe par des considérations d'un ordre général et qui méritent toute notre attention, parce qu'elles depassent les frontieres d'un pays et la portée d'une discussion de hasard. Elles se rattachent à un problème redoutable et compliqué. C'est celui de rapport entre les principes et la vie, entre l'idéal qui est l':u11emême de notre parti, et les exigences immédiates ; en un mot, entre l'Idée et la Réalité, ou, si l'on préfére les termes consacrés par

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